Les accusations de Narianiah contre Leadbeater


La plainte originale de Narianiah était extrêmement virulente. Il affirmait avoir été lui-même le témoin d'un acte de sodomie entre Leadbeater et Krishna. Pendant le procès, il fut sommé par Mme Besant qui assurait sa propre défense, de répondre à trois questions: (1) à quelle moment, date et heure, et en quel lieu cet acte avait-il pris place, (2) pourquoi n'était-il pas intervenu pour défendre son fils, (3) pourquoi avoir attendu si longtemps avant de porter plainte.

Narianiah répondit que l'acte avait eu lieu pendant la deuxième semaine d'avril 1910, dans le bungalow octogonal pendant que l'enfant buvait du lait chaud avant une promenade à bicyclette. Mme van Hook et le Dr. Mary Rocke (médecin et assistante sociale vivant à Adyar) témoignèrent avoir été présentes au bungalow quotidiennement à partir de 5 h 30 du matin, d'octobre 1909 jusque fin avril 1910 et n'avaient rien vu. Narianiah, sur le conseil de son avocat, réduisit immédiatement sa plainte de sodomie à des actes "inappropriés" et "contre nature" qu'il décrivit plus tard être "de se laver entre les jambes", ce qui est contraire aux usages des brahmanes.

Le jugement fut rendu le 15 avril 1913 rendant la garde des enfants à leur père à partir du 26 mai suivant. Leadbeater en fit le rapport dans une lettre à Lady Emily Lutyens, le 19 avril. En effet, les enfants étaient domiciliés aux Indes, donc sous la juridiction du Roi-Empereur des Indes. Selon la cour, Mme Besant avait rompu l'accord passé avec Narianiah, mais que ce dernier avait tenté de renforcer sa plainte en tentant se parjurant et en tentant de tromper la cour en reprenant les charges portées contre Leadbeater en 1906. Toutefois, le juge s'adressa à Narianiah sévèrement. Aucun père digne de ce nom, lui dit-il, n'aurait caché si longtemps une offense si grave et ne serait resté associé avec le criminel d'avril 1910 jusqu'en 1912. Il condamna Narianiah à payer les frais du procès et termina son allocution par ces mots:
Si le plaintif avait d'abord crû qu'un crime aussi dégoûtant ait été commis contre son fils ou même si la personne de son fils avait été traitée d'une manière indécente, comme il l'affirme aujoud'hui, et que ces actes aient été commis par un homme considéré comme un pariah, il est difficile de croire qu'il ne serait pas rentré en pleurs chez lui avec ses fils et ne se soit pas plaint à sa famille.
Madame Besant obtint dix jours plus tard une suspension d'exécution jusqu'après le jugement de l'affaire en cour d'appel. Le jugement en appel fut rendu le 29 octobre de la même année. Il maintint le verdict du tribunal subordonné, mais un nouvel arrêt d'exécution fut rendu jusqu'au verdict en cour de cassation. Madame Besant gagna finalement ce procès le 5 mai 1914, Leadbeater étant enfin exonéré de toute mauvaise conduite à l'égard de Krishnamurti.

Leadbeater fut ennuyé que le journal Mail  de Madras et le Times  de Londres ait rapporté que le juge l'avait caractérisé comme une personne immorale, alors que celui-ci n'avait caractérisé que ses opinions. Il s'en plaignit dans une lettre à Lady Emily Lutyens datée du 14 mai 1914. Le Mail  publia un bel article d'excuses, et le Times  imprima le 2 juin une lettre de Mme Besant attirant l'attention sur cette erreur dans le rapport de cette affaire. Elle écrivait:
Quiconque connaissant Mr. Leadbeater, sait que sa conduite est impeccable, quelles que soient ses opinions académiques. Son opinion est basée sur son désir de protéger certaines femmes de la déchéance qui les marquent pour la vie, alors que les hommes s'en tirent en toute impunité.