Charles Webster Leadbeater
par Annie Besant

Ce text fut publié comme un article du Theosophist en 1911, alors que de nouvelles tensions émergeaient entre les deux compagnons. C.W. Leadbeater, un défenseur ardent de l'impérialisme anglais, n'appréciait pas du tout les activités qu'Annie Besant déployait pour l'indépendance de l'Inde. Quelques mois plus tard, afin d'éviter une confrontation ouverte, Leadbeater quitta Adyar pour s'installer définitivement à Sydney en Australie.

Le nom de Charles Leadbeater est connu dans le monde entier par ses livres merveilleux, et par les rayons de lumière dont il illumina des questions obscures. Personne mieux que lui n'a travailler à soulever le voile qui recouvrait ce que les hommes appellent la Mort, et pour décrire les mondes de paix et de bonheur que l'ignorance avait recouvert l'inconnu par la terreur. Des milliers de gens ont trouvé assistance et confort à portée de main lorsque leurs coeurs se brisaient lors de la perte d'un être cher et il a été en vérité un fils de consolation   dans beaucoup de maisons endeuillées.

Il était dans sa dernière incarnation un élève de Kleineas - aujourd'hui le Maître D.K - qui était lui-même un disciple de Pythagore, de nos jours le Maître K.H., le futur Bodhisattva. Dans sa vie présente, il naquit le 17 février 1847, et à l'âge de soixante-quatre ans, il porte son âge avec légèreté, travaillant avec une énergie intacte et jouant au tennis comme un garçon. Voilà la récompense de la nature à un corps conservé par la tempérance, la sobriété et la chasteté,   la réponse irréfutable à toutes les calomnies, conçues par la malice et engendrées dans l'envie, qui ont été formulées contre lui dans un effort de détruire son travail utile et unique.

Il alla en Amérique du sud pendant son enfance et y vécut de nombreuses aventures. Son conte Sauvé par un fantôme (cf. Le Parfum d'Egypte et autres contes bizarres ) en raconte quelques unes, ainsi que les cicatrices de ses bras ajoutent une note graphique à son récit. Quelques temps après, il retourna en Angleterre et entra à l'Université d'Oxford, mais ses études furent interrompues par le Lundi Noir ,  la faillite historique de Overend, Gurney & Co., dans laquelle sa fortune était investie. Il réussit pourtant, malgré ce coup, à obtenir les Ordres de l'Eglise Anglicane en 1878 et il travailla comme Prêtre jusqu'en 1884. Pendant ce temps, il fit des expériences prudentes dans le domaine du spiritisme et rassembla une connaissance considérable de tels phénomènes, mais il ne montra alors aucun signe de facultés psychiques.

Son diplôme de la Société Théosophique est daté de 1884, mais il était entré dans celle-ci l'année précédente après la lecture des livres d'A.P. Sinett. Il écrivit à l'auteur et une amitié s'établit qui reste intacte jusqu'aujourd'hui. Il témoigne toujours de sa dette envers ce Théosophe vétéran.

Charles Leadbeater n'était pas le genre d'homme à jouer avec les choses sérieuses: il prenait toujours les choses à coeur; et, reconnaissant Madame H.P. Blavatsky comme un instructeur occulte, il abandonna tout pour l'accompagner aux Indes. Ils s'arrêtèrent en chemin en Egypte, et un jours qu'ils étaient assis ensembles, une tierce personne apparût soudain et il tressaillit violemment. "Voilà un bien bel occultiste", lui dit H.P.B. d'un ton cinglant, et il n'y eut plus jamais de tressaillement lors d'apparitions inhabituelles. Il ne s'attendait pas à beaucoup en ce qui concerne son progès personnel et il vint en Inde pour être utile, prêt à nettoyer les planchers, à écrire des adresses sur des enveloppes, à faire tout ce qui lui serait ordonné. Mais son ancien état de disciple ne tarda pas à manifester son pouvoir; son Maître étendit la main, et à celui qui ne demandait rien, tout fut accordé. Sa première expérience d'une entrée consciente dans l'astral est raccontée dans Une Epreuve de Courage,  un récit du livre cité plus haut. Il avait gagné ses récompenses par un travail patient et dur, perfectionnant chaque faculté, plan après plan, n'obtenant rien sans un travail dur comme il l'a souvent été dit, mais avançant sûrement et constamment, jusqu'à ce qu'il soit devenu peut-être l'un des disciples de confiance, au seuil de la divinité.

Il devint le Recording Secretary de la Société Théosophique en 1885, succédant à Damodar, et il visita Burma la même année et y travailla avec la Présidente à l'implantation de la Société. En 1886 il alla à Ceylan et travailla beaucoup à la fondation et au développement du mouveament pour l'éducation, fondant l'Ananda College. Dès 1889, après son retour en Europe - enmenant avec lui son petit frère qui avait été perdu en Amérique du Sud, et qu'il chercha avec persistance, ayant été averti par son Maître qu'il était incarné là-bas - il passa chaque année trois mois aux Indes et le reste de son temps à Ceylan, une île qu'il aimait tendrement.

En Angleterre, il travailla dans les bureaux du journal Pioneer,  et servit de tuteur au fils de Mr. Sinett et à George S. Arundale qui est retourné aux Indes pour remplir ses fonctions de professeur dans l'enseignement universitaire. Il fut un membre de la London Lodge et il conduidit la plus grande partie des recheches pour l'aider, publiant les résultats de ces mêmes recherches dans un ouvrage intitulé Le Plan Astral  en 1894. Il donna sa première conférence publique à la Chiswick Lodge à Londres. En 1895, il rejoignit notre ménage au 19 Avenue Road, et plaça ses grands pouvoirs psychiques à la disposition des étudiant qui y vivaient, en particulier de Mr. Mead dans ses recherches scientifiques. Il resta à cette adresse jusqu'à la vente de l'immeuble en 1899.

Entre 1896 et 1906, son travail fut surtout celui d'un conférencier, il visita de nombreux pays, y portant la lumière de la Sagesse Antique. Un instructeur-né, il n'épargnait aucun effort ajoutant de nombreux textes à sa parole. Il a une longue liste de livre à son crédit, pleins d'information sans prix et exposées d'une manière lucide.

En 1906, une terrible attaque l'assaillit qui l'abattit au sommet de son utilité. Il démissionna immédiatement de la Société Théosophique, comme le fit H.P.B. dans un cas analogue, pour lui épargner le discrédit; mais il continua d'être poursuivi par une méchanceté incessante dont l'objet n'était pas de sauvegarder la Société Théosophique, mais la destruction d'une personne. Alors qu'ilcherchait à sauver, il fut accusé de détruire. Moi-même, qui le connaissait et l'aimait, je fus méconduite par une déclaration qu'on disait avoir été prononcée par lui-même - car rien d'autre n'aurait pu me convaincre - et j'ai refusé de travailler avec lui. Il est inutile de dire que j'ai tenté de m'amender lorsque l'erreur fut rectifiée, et qu'il réfuta catégoriquement la déclaration qu'on avait mise dans sa bouche. Nous nous sommes rencontrés en 1907 et les nuages se dissipèrent; en 1908, à l'unanimité des votes des Secrétaires Généraux des Sections de la Société dans le monde entier, et par un vote de 8 voix contre 2, les membres officiels et indépendants du Conseil il fut déclaré qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il ne puisse pas rentrer au sein de la Société, et en février 1909, il vint vivre à Adyar. Un peu plus tard, il se réaffilia. Certaines personnes ont continué de le poursuivre avec une haine impitoyable, mais leur méchanceté s'est dépassée, et dans trois cas apportèrent une ruine terrible à ceux qui voulaient l'infliger, tandis que celui qu'ils voulaient écraser poursuivit sa route, ne répondant jamais, ne blessant jamais, laissant la bonne Loi le protéger lorsque le temps serait venu.
Sa récompense lui a été donnée par le grand travail qui a été mis entre ses mains, par le pouvoir accru d'aider, par l'amour et la gratitude qui lui viennent de toutes les parties du globe, ainsi que par la confiance et le respect de ses collègues. C'est par de nombreuses tribulations  que les hommes entrent dans le Royaume, mais le chemin vaut la peine d'être foulé, car le Royaume est la vie éternelle, une conscience éternellement présente et glorieuse, que ni la Mort, ni le Changement ne pourront jamais toucher.

Annie Besant.
Juillet 1911.