Biographie



La famille Leadbeater.

La famille Leadbeater est d'origine française, plus particulièrement de Normandie. Leur nom de Le Bâtre (le bâtisseur), fut anglicisé plus tard en Leadbeater. La branche aînée de cette famille s'établit dans le Northumberland, en Angleterre, tandis que la branche cadette s'installa en Irlande. Une partie de l'histoire de la branche cadette a été publiée dans un ouvrage en deux volumes: The Leadbeater Papers. La branche aînée participa au sort du "Prince Charles" de la dynastie des Stuart et devint Jacobine; c'est depuis lors, - bien que les membres de la famille devinrent plus tard de loyaux sujets de la Couronne anglaise - que la tradition familiale a voulu que chaque père de famille fasse baptiser son fils premier-né en lui donnant le nom de "Charles".

Charles Webster Leadbeater naquit le 17 février 1847. Dans sa jeunesse, il résida quelque temps au Brésil avec son frère cadet, sa mère et son père qui y dirigeait la construction d'une ligne ferroviaire. Pendant ce séjour, son père contracta une maladie tropicale, et son frère mourut accidentellement, juste avant que la famille ne rentre en Angleterre.

Le ministère de Leadbeater dans l'Eglise Anglicane

Le père de Charles W. Leadbeater mourut des séquelles de sa maladie tropicale, alors que son fils avait à peine atteint la puberté. La situation financière de la famille était confortable, mais quelques années plus tard, les Leadbeater furent ruinés par la faillite d'une grande banque. Cette incident força le jeune homme à trouver du travail le plus rapidement possible. Il travailla comme employé d'une banque connue: la Banque William Deacons & Co., mais cette situation était sans envergure et désagréable.

Leadbeater était attiré par la "High Church" anglicane, la partie de cette Eglise utilisant des rites fort semblables à ceux de la tradition catholique. Il travailla comme volontaire dans l'église de Tous les Saints, Margaret Street, à Londres. Comme son oncle avait beaucoup d'influence dans les milieux ecclésiatiques anglicans, l'entrée de son neveu dans les Ordres lui parrut logique. Le Rév. W.W. Capes, qui était l'oncle du jeune Charles, était le Recteur de la Paroisse de Bramshott, Liphook, dans le Hampshire. Il était aussi l'un des professeurs de l'Université d'Oxford, titulaire de la chaire d'histoire ancienne, ainsi que l'un des maîtres d'études au Queen's College et au Hertford College. Il était aussi un orateur connu et un Public Examiner,  un Officier public dirigeant les enquètes judiciaires. Le jeune Leadbeater, après avoir terminé les études habituelles, fut ordonné au Diaconat le 22 décember 1878, et à la Prêtrise le 21 décember 1879, dans la paroisse Saint André, Farnham, dans le Surrey par Mgr. Harold Browne, évêque de Winchester.

En 1870, Charles Leadbeater enseignait à l'école paroissiale de l'église de la Trinité à Tottenham au nord de Londres, dont il était aussi le Superintendent. Il vivait alors avec sa mère et on se souvient de lui comme un homme joyeux et avenant. Un témoignage de son activité de cette époque est fourni par l'un de ses élèves, Mr. A.W. Troughton, soixante ans plus tard. (voyez sa lettre du 16 juin 1934.)

Dès qu'il fut ordonné au Diaconat, le Rév. Charles Leadbeater fut autorisé à travailler comme un curé dans la Paroisse de son oncle à Bramshott, et il vécut avec sa mère dans un cottage appelé "Hartford", à un demi-kilomètre du petit village de Liphooh. L'autre curé attaché à la paroisse était Mr. Kidston qui était marié et vivait un peu plus loin sur la même route. Il y avait aussi un vieux Lecteur laïc. Lorsqu'il mourut, un autre curé, appelé Mr. Cartwright, vint renforcer les rangs et il partagea le cottage avec Leadbeater, qui vivait alors tout seul après la mort de sa mère. Pendant l'année scolaire, le recteur était souvent à Oxford pour son travail universitaire, aussi les travaux de routine de la paroisse reposaient surtout sur les épaules des deux, plus tard des trois curés.

Le jeune Leadbeater devint un ministre du culte très actif. Il ouvrit plusieurs clubs d'études locaux pour les enfants de sa paroisse, et des sociétés associées avec l'Eglise Anglicane comme l'Union Jack Field Club,   puis la Church Society,  et finalement la Juvenile Branch of the Church of England temperance Society,  en mars 1884. L'astronomie était son passe-temps favori à cette époque. Il posédait un excellent télescope équipé d'un mirroir de 36cm. Au cours de l'une de ses observations d'une éclipse de lune, il observa une ombre singulière, juste avant le début de l'éclipse, il écrivit un article dans un journal et publia une étude qui servit à déterminer que cette ombre fut probablement projetée par les Andes.

Charles Leadbeater commença alors à s'intéresser aux phénomènes spirites et participa à plusieurs séances à Londres et il rencontra William Eglinton, un médium connu. Plus tard, il rapporta les expériences qu'il réalisa avec cet homme. Il arrangea des séances spirites dans son cottage.

C'est par son intérêt pour ces phénomènes que Leadbeater découvrit Helena Petrovna Blavatsky et la Société Théosophique après avoir lu le livre Le Monde Occulte  d'A.P. Sinnett. Il devint un membre de la Société Théosophique en 1883 en même temps que le Prof. William Crookes, un savant bien connu, et sa femme.

Dans la soirée du 3 novembre 1884, Leadbeater invita tous les membres de sa paroisse à prendre le thé, et il leur offrit des gâteaux et un feu d'artifice. Lorsque tous furent rentrés, il donna toutes ses possessions, et son chat appelé Peter, à trois enfants du village. Il prit le train pour Londres le matin du 4 novembre, sans avertir qui que ce soit, sauf les trois enfants. Son départ, et quelques autres événements, est rapporté par l'un de ces trois enfants appelé James (Jim) W. Matley, qui devint un marin, plus tard un planteur en Nouvelle-Guinée et qui mourut en 1939. L'une des dernières "affaires" traitées par Leadbeater avant de partir, était d'effectuer un nombre de payements au nom du jeune Jim Matley, pour lui permettre d'entrer comme cadet de la Marine marchande, dans l'une des grandes lignes anglaises, car les parents de l'enfant étaient pauvres et ne pouvait aider leur fils à réaliser son rêve de devenir un marin.

Leadbeater quitta Londres le soir même et arriva à Marseille le matin suivant, il s'embarqua sur un vapeur français pour Alexandrie. De là, il prit un vapeur anglais à Port Saïd pour Madras, après un voyage par train d'Alexandrie en passant par le Caire.

A son arrivée à Adyar, le quartier général de la Société Théosophique, il y offrit ses services. Il fut nommé Recording Secretary et l'éditeur de la revue le Theosophist, qui avait été fondée par Madame Blavatsky. Pendant toute l'année 1885, Leadbeater vécut pratiquement seul à Adyar. Il eut l'occasion de développer les qualités que Mme Blavatsky lui avait demandé de mettre en pratique; en particulier celle de ne pas s'occuper des opinions des autres. Il se rendit à Ceylan en 1886, accompagnant Madame Blavatsky et il y rencontra le Colonel Olcott, qui travaillait à la préservation du Bouddhisme. Leadbeater devint l'assistant d'Olcott et s'installa dans l'île.

Le travail de Leadbeater pour le Bouddhisme.

Olcott offrit à Leadbeater l'occasion de rejoindre le Bouddhisme. Celui-ci accepta à condition de ne pas être obligé d'abjurer l'Eglise Anglicane, dans laquelle il avait été baptisé. Après en avoir reçu la confirmation, Leadbeater devint bouddhiste et prit le Pansil,  qui inclut le Tisarana  (les trois guides: le Bouddha, la Loi, et l'Ordre), ainsi que le Pancha Sila   ou les cinq préceptes (1. ne pas détruire la vie, 2. ne pas voler, 3. ne pas avoir des relations sexuelles illégales, 4. ne pas mentir, 5. ne pas consommer d'alcool ou de drogues.)

C'est à cette époque que C.W. Leadbeater reçut un entrainement spécial pour développer sa clairvoyance. C'est cet entrainement qui lui permit d'entreprendre plus tard, une série de recherches occultes et d'acquérir la faculté assez rare de ramener dans sa conscience de veille, avec un haut degré d'exactitude, les observations qu'il avait fait sur des plans de conscience supérieurs.

Au début de 1886, Leadbeater accompagna Mme Blavatsky et le Colonel Olcott à Ceylan où ce dernier avait commencé une campagne de protection et de restauration du Bouddhisme. Le Colonel, s'il appréciait les qualités du jeune Leadbeater, considérait que Mme Blavatsky lui avait confié de grandes responsabilités qui lui donnaient une influence croissante au sein de la Société Théosophique. D'origine calviniste, le second fondateur n'aimait pas beaucoup le jeune catholique, même si celui-ci était anglican, depuis qu'il avait manifesté son attachement à l'Eglise avant de prendre le Pansil. Une rivalité s'installa entre les deux hommes et le Colonel proposa de laisser Leadbeater à Ceylan, pour l'écarter d'Adyar.

En juin 1886, C.W.Leadbeater vit à Colombo, dans l'île de Ceylan, au 61 Maliban Street, aux quartiers généraux de la Buddhist Theosophical Society.   Cette société n'avait de théosophique que le nom, mais était entièrement dévouée au Bouddhisme. Leadbeater disposait d'une petite chambre à l'étage, qui lui servait de bureau, de salle à de séjour et de bibliothèque, et une minuscule chambre à coucher séparée de la verandah par un rideau. S'il avait une possibilité de se laver en privé, il devait descendre au rez-de-chaussée où se trouvait une horrible fosse qui n'était nettoyée qu'une fois l'an, sans eau courante, ni même de sweeper,  comme c'était la coutume aux Indes. Il y avait aussi une presse d'imprimerie très bruyante et une salle de réunions où les sermons le gardaient éveillé le soir de neuf heures à minuit.

La Société Bouddhiste lui accordait une petite allocation et lui fournissait un serviteur; mais cette allocation de subsistance était si insignifiante qu'il ne vivait que de porridge, de pain, de bananes, et d'un peu de liquide qui pouvait passer pour du lait. Le thé et le café étaient des denrées luxueuses et Mme Sinnett lui envoyait régulièrement des chaussettes et des mouchoirs.
Leadbeater voyageait beaucoup, allant de village en village, habituellement la nuit par char à boeufs, parce que ses journées se passaient à organiser des écoles, et à rassembler des contributions et des collectes pour la Société Bouddhiste. Il accompagna Olcott la première année, mais plus tard il travailla seul. En dépit des difficultés, il fit son travail avec patience et efficacité. Après Olcott, il fut certainement la personne qui fit le plus pour l'établissement du Buddhist Educational Movement à Ceylon, bien que beaucoup de Bouddhistes ignorent son action, même aujourd'hui. Leadbeater fonda une école anglaise à Colombo qui, plus tard, devint l'Amanda College.  Il rédigea un Petit Catéchisme Bouddhique en langue singalèse, qui était inspiré du Catéchisme Bouddhique du Colonel Olcott.

C'est pendant son séjour à Ceylan que Leadbeater rencontra un jeune homme appelé C. Jinarajadasa, qu'il croyait être la réincarnation de son jeune frère. Leadbeater était encore à Colombo en novembre 1888, et les raisons de son retour en Angleterre doivent encore être découvertes.

Le travail de Leadbeater pour la Société Théosophique d'Angleterre

On retrouve C.W. Leadbeater en Angleterre en 1889. Son oncle était mort et les autres membres de sa famille ne gardèrent pas de contact avec lui. Comme il était sans ressources, il occupa plusieurs emplois. A un moment donné, il fut le précepteur du fils de Mr. et Mme Sinnett qu'il avait connu aux Indes. Il travailla aussi comme professeur et comme journaliste. C. Jinarajadasa l'aidait à faire son ménage et partageait son modeste appartement. En dépit de ses difficultés financières qui le maintenaient proche de la pauvreté, Leadbeater arriva à payer les études du jeune homme qui durèrent 11 ans. Jinarajadasa décrivit cette période de la vie de Leadbeater dans l'un de ses livres.   Leadbeater paya aussi les études d'un jeune anglais appelé George Arundale. Tous deux devaient devenir Présidents de la Société Théosophique.

Annie Besant, l'activiste socialiste rejoignit la Société Théosophique à Londres, à peu près au moment où C.W. Leadbeater rentra en Angleterre. Ce fut pendant cette période qu'à Londres, Leadbeater commença beaucoup de ses recherches clairvoyantes, auxquelles Mme Besant se joignit plus tard. Il commença des tournées de conférences et écrivit de nombreux livres sur une grande variété de sujets, principalement en rapport avec ses observations clairvoyantes. Il étendit graduellement ses tournées de conférences en dehors d'Europe et, avec Mme Besant, devint l'un des orateurs les plus connus de la Société pour un certain nombre d'années.

Vers 1900, Leadbeater s'était fait une solide réputation dans la Société Théosophique comme auteur, conférencier, clairvoyant et enseignant. De nombreux membres de cette Société lui envoyèrent leurs enfants pour être instruits selon les règles de la spiritualité et de l'occultisme. Certains lui furent confiés pendant de courtes périodes, d'autres pendant plusieurs années comme le fils d' A.P. Sinnett. Entre 1900 et 1904, CWL effectua deux longs circuits de conférences aux Etats-Unis et au Canada et en 1905, un autre en Australie. Il entraînait parfois ses étudiants avec lui dans ses voyages. Cette pratique fut sans doute à l'origine de ce qui fut appelé plus tard le Scandale Leadbeater, par les membres de la Société Théosophique.

Une tempête survint brutalement dans la Société en 1906, on accusait Leadbeater d'avoir donné des conseils confidentiels à quelques jeunes aux Etats-Unis concernant la masturbation. Cet avis était pratiquement celui que donnaient les médecins et le Clergé européen de l'époque aux garçons ayant des problèmes sexuels, mais aux Etats-Unis, l'opinion générale était que la masturbation conduisait à la folie. Curieusement, bien que cette pratique soit condamnée comme très dangereuse et immorale, la prostitution avec tous ses risques et la dégradation des femmes, y était généralement bien acceptée.

Le Comité exécutif de la section américaine de la Société Théosophique, sous la direction d'Olcott, exigea que la Section anglaise juge Leadbeater comme homosexuel et pédophile. Les plaintes de deux garçons, l'un de San Francisco (1901), l'autre de Chicago (1904), concernant une recommandation de pratiquer la masturbation furent présentées, ainsi qu'un "message codé", qui aurait été trouvé à Toronto à une date indéterminée, dans un appartement où Leadbeater aurait résidé quelques jours. Le Conseil de la Section anglaise dût s'exécuter et l'accusé fut convoqué pour présenter sa défense le 16 mai 1906, à l'hôtel Grosvernor à Londres. Avant cette réunion, CWL présenta sa démission au Colonel Olcott "afin d'éviter une mauvaise publicité". Celui-ci, imprégné des idées de son temps et de sa culture, voulait l'expulser de la Société, mais sous la pression des membres du Conseil, il accepta finalement la démission. La Société Théosophique était divisée au sujet du scandale, surtout en Angleterre, où un Comité de Protestation fut formé par Sinnett et Mead. La seule personne qui garda son sang froid et qui n'entreprit aucune mesure de défense fut Leadbeater lui-même. Un mois plus tard, dans une lettre à son amie Annie Besant, il explique son point de vue avec précision.

Madame Besant rompit toute relation avec lui et le dénonça publiquement pour sauver sa nomination à la présidence de la Société Théosophique, après la mort du Colonel Olcott. Leadbeater, ayant perdu le support de sa collaboratrice sur le plan physique, tenta d'appaiser les doutes qu'elle avait en ce qui concerne leurs expérientes communes. Bien qu'ils ne conservèrent pas de relations fréquentes, Annie Besant parvint à retrouver sa confiance en lui, si bien qu'il pût lui écrire en février 1907: "Je ne puis assez vous dire combien je suis heureux que le voile soit finalement levé, et que l'idée de fantaisie soit bannie de votre esprit".

Après sa démission, Leadbeater passa la plupart de son temps en Europe continentale et dans l'île de Jersey, évitant l'Angleterre et Adyar. Il poursuivit ses explorations clairvoyantes, surtout sur la nature de la matière et continua à enseigner. Il bénéficia de l'amitié et même de contributions financières de nombreux amis et défenseurs qu'il avait encore dans la Société. Il fut chargés de la formation de nombreux enfants qui sans exceptions témoignèrent de la pureté de sa vie. Peu avant sa mort, le Colonel Olcott réalisa qu'il avait été trop dûr envers Leadbeater et lui envoya une lettre d'excuses.

Olcott mourut à Adyar en février 1907. Madame Besant était son successeur naturel, pourtant elle dût mener un violent combat pour obtenir la Présidence, car les membres de la Section américaine étant extrêmement virulents. Elle usa de toutes ses qualités de politicienne pour être finalement élue avec une large majorité en juin 1907. Les amis de Leadbeater menèrent alors une campagne ardente pour la réintégration de Leadbeater dans la Société Théosophique, si bien qu'à la fin de 1908, les Présidents des Sections internationales de la Société Théosophique, considérant que Leadbeater avait été fort maltraité par les membres d'Adyar et Mme Besant en particulier, votèrent sa réintégration. Mme Besant fut contrainte à s'excuser, mais sa lettre circulaire à tous les membres de la Société fut fort mal reçue en Angleterre. Ayant été élue à une très faible majorité, son installation à la tête de la Société ouvrit une crise profonde et environ un tiers des membres fut perdu dont la plupart de ceux qui avaient créé le soi-disant scandale. Devant se concilier les voix des autres sections, Annie Besant, manquant d'effectifs, invita Leadbeater à la rejoindre. Il accepta et s'établit à Adyar le 10 février 1909 où il continua de travailler pour la Société. Toutefois, l'amitié profonde qu'il portait à Mme Besant avant 1906, ne fut jamais entièrement restaurée. Le réintégration de Leadbeater eut pour résultat la création d'un mouvement dissident en Angleterre, dérivant d'un "Commité de Protestation" sous la direction de Mead et de Sinnett qui tous deux avaient espéré de voir l'Angleterre prendre le contrôle de la Société Théosophique. A long terme, sa société: la "THE QUEST SOCIETY.", n'eut pas d'avenir. La direction de la Société fut fermement établie aux Indes, à Adyar en particulier.

pavillon octagonal Leadbeater s'installa dans le même pavillon, appelé le bungalow octagonal, qu'il avait occupé lorsqu'il arriva avec Madame Blavatsky en 1884 et qui consistait de deux pièces et d'une véranda. Ce pavillon fait partie du bâtiment original et existe encore à l'est des quartiers généraux. CWL s'installa dans l'une des pièces du pavillon, tandis qu'un jeune hollandais, Johann van Manen qui avait accepté de lui servir de secrétaire occupa la seconde. Il bénéficia aussi de l'aide d'une jeune anglais, Ernest Wood, qui connaissait la sténographie et qui vivait dans une chambre du bâtiment appelé le Rectangle. Le voisin de chambre d'Ernest, un jeune indien appelé Subrahmaniam Aiyar, était un grand ami de Mr. Narianiah, le père de Krishnamurti (dit Krishna) et de Nitya et Ernest aidait les deux enfants à faire leurs devoirs d'école. Wood et van Manen avaient l'habitude de passer une heure, le soir, à la plage et de se baigner en compagnie d'amis dont Subrahmaniam. Krishna et Natya, avec d'autres enfants vivant en dehors de la propriété, venaient souvent se joindre à eux. Un soir d'avril 1909, Leadbeater rejoignit le groupe pour une baignade et il dit à Ernest Wood en retournant au bungalow qu'il avait vu sur la plage un enfant possédant un aura extraordinaire parce qu'il ne contenait pas la moindre trace d'égoïsme. Ernest fut très étonné d'apprendre qu'il s'agissait de Krishna parce que celui-ci se montrait particulièrement lent à comprendre ses leçons.

Ce ne pouvait pas être l'apparence physique du jeune Krishna qui aurait pu attirer l'attention de Leadbeater. Mal nourri, sale et couvert de vermine, on pouvait voir ses côtes et l'enfant toussait constamment. Ses dents étaient abimées et il portait ses cheveux à la manière des brahmines du sud de l'Inde: rasés sur le devant et le reste tressés et tombant sur le dos jusqu'aux genoux. Son regard était vide et ceux qui l'ont connu ne voyait pas beaucoup de différence entre lui et son jeune frère Sadanand qui tous considéraient comme un retardé mental. De plus, selon le témoignage d'Ernest Wood, Krishna était extrêmement faible physiquement et son père avait souvent déclaré que l'enfant serait bientôt mort.

Au mois de juin de la même année, un jeune anglais arriva à Adyar. Son nom était Richard Balfour (Dick) Clarke, un ingénieur qui espérait trouver du travail dans la Société Théosophique. Il fit bientôt partie de l'entourage de Leadbeater qui lui répéta ce qu'il avait dit à Ernest Wood en ce qui concerne l'aura extraordinaire de Krishnamurti, et dans une mesure moindre celui de son frère Natya, mais en ajoutant qu'il avait une raison pour que la famille soit près d'Adyar et qu'il avait reçu la mission de s'en occuper.

Le jour où Dick arriva, les résidents d'Adyar fêtaient l'Upanyaman de Nitya, qui avait été retardé à cause du décès de sa mère. Leadbeater observa Krishna pendant la cérémonie et demanda à Narianiah d'amener son fils si remarquable à son bungalow un jour qu'il n'y aurait pas d'école. Narianiah le fit et Leadbeater le fit asseoir à côté de lui sur le sofa, puis plaçant les mains sur la tête de l'enfant, il fit des recherches clairvoyantes tandis qu'Ernest Wood prenait des notes en sténo. Ceci fit grande impression sur l'enfant et fut rapporté dans ses souvenirs. Lorsqu'il rencontra Leadbeater, Krishnamurti ne parlait que quelques mots d'anglais, ce qui rendait la communication difficile. L'enfant allait dans une école où l'on enseignait qu'en anglais et en tamil. Il semblait si stupide que son professeur le renvoyait souvent de sa classe et l'oubliait. Plusieurs fois son jeune frère dût le prendre par la main et le ramener à la maison pour lui éviter de passer la nuit dehors. Il était aussi battu quotidiennement parce qu'il ne savait pas ses leçons.

Leadbeater n'annonça sa découverte de Krishnamurti à Annie Besant que le 2 septembre lorsqu'il intervint auprès d'elle pour exprimer sa consternation devant le manque d'hygiène et d'espace dont souffrait cette famille. Leadbeater lui demanda la permission de l'héberger dans une maison vide de la propriété, qui avait besoin d'être restaurée. Il ajouta que les enfants de Narianiah ne causeraient aucune difficultés parce qu'ils étaient très calmes et se conduisaient fort bien. La famille aménagea à Adyar dès que la maison fut restaurée, nettoyée et repeinte. Vers la mi-octobre, après une bastonade des plus sévères, Leadbeater parvint à convaincre Narianiah qui était assez réticent de ne plus envoyer son fils à l'école, mais de confier son éducation aux résidents d'Adyar. Leadbeater se consécra alors à l'éducation du jeune homme qui prit un caractère franchement anglais: natation, tennis, leçons de langues et d'histoire européenne. Ce faisant, il heuta souvent les convictions brahmanes de Narianiah, tandis qu'Annie Besant, plus diplomate, prit soin de respecter ses convictions. A la longue, les relations entre Leadbeater et Narianiah se détériorèrent sérieusement.

Il n'y eut jamais d'affinité naturelle entre Krishnamurti et Leadbeater. Tous deux venant de cultures différentes et ayant des tempéraments incompatibles n'arrivèrent vraiment qu'à un modus vivendi, malgré la reconnaissance profonde que le jeune homme conserva pour son mentor. Mesdames Besant et Russak prirent Krishna en charge et Leadbeater se désintéressa peu à peu de ses élèves, sauf en ce qui concerne leur entraînement occulte et spirituel.

Ce fut George Arundale et non Leadbeater, qui fonda le 11 janvier 1911 à Bénarès, l'Ordre de l'Etoile d'Orient pour organiser le soutien que de nombreux membres de la Société Théosophique apportaient à Krishnamurti, voyant en lui une réincarnation d'un "grand instructeur". George prit plusieurs mois de congé du Central Hindu College pour assurer la transition dans l'éducation de Krishnamurti. Désormais, ce serait Mme Besant qui s'occuperait des deux frères. Elle s'embarque avec eux et George Arundale à Bombay le 22 avril 1911 et ne rentra à Adyar que le 7 octobre.

Annie Besant décida d'emmener les deux garçons à Londres pour leurs études universitaires, et obtient le 19 janvier 1912, de leur père une déclaration écrite affirmant qu'il n'avait aucune objection à leur départ. Elle envoya Leadbeater préparer l'arrivée des garçons et, profitant de l'absence de leur père, s'embarqua avec eux le 3 février pour l'angleterre. Ce n'est que le 7 qu'elle écrivit à Narianiah pour lui ordonner de quitter Adyar et l'avertir qu'elle garderait ses fils en angleterre jusqu'à la fin de leurs études universitaires.

Leadbeater avait fait des préparatifs pour recevoir Annie Besant, George Arundale, Jinarajadasa, Clarke et les deux garçons à Taormina en Sicile, en un lieu qui selon lui "possédait le magnétisme adéquat". Tous les six s'y retrouvèrent le 27 mars 1912 pour un séjour de plusieurs mois. Tous rentrèrent en angleterre fin juillet, sauf Leadbeater qui resta à Gènes chez ses vieux amis William et Maria Louisa Kirby. Il ne retourna jamais en angleterre et ses détracteurs affirment que c'est parce qu'il avait peur de poursuites judiciaires. Mais si c'était le cas, pourquoi y serait-il resté trois ans après le "scandale" de 1906?

La nouvelle que Leadbeater avait passé plusieurs mois en Sicile avec Krishna et Natya arriva aux jusqu'aux Indes. Narianiah, après avoir été expulsé d'Adyar, jugea avec raison qu'Annie Besant avait trahi leur accord et lui intima l'ordre, par lettre recommandée de lui retourner ses enfants aux Indes avant la fin du mois d'août, puis il lança une attaque contre elle, Leadbeater et la Société Théosophique dans l'Hindu , l'un des quotidiens les plus importants de l'Inde. Craignant que les amis de Narianiah n'enlèvent les enfants, elle les cacha en angleterre dans une grande maison mise à sa disposition par Lady De La Warr. Ils y restèrent 5 mois sous la garde constante de Jinarajadasa, Dick Clarke, Basil Hodgson-Smith et Reginald Farrar, Mr et Mme Bright s'occupant du ménage.

Leadbeater était de retour à Adyar en octobre et suivait l'évolution du procès que Narianiah avait intenté contre Mme Besant pour reprendre la garde de ses enfants. Il en donne les détails dans plusieurs lettres adressées à Lady Emily Lutyens qu'il avait rencontrée l'été précédent chez les Kirby. Mme Besant assura sa propre défense et contra efficacement les accusations portées contre elle et Leadbeater par Narianiah.

A cette époque, malgré qu'il eut dépassé la soixantaine, Leadbeater était alerte et enthousiaste, il se montrait souvent impitoyable et parfois grossier envers les femmes, sauf envers Mme Besant. Il n'hésitait pas à jurer ayant sans doute appris de Mme Blavatsky, qui était fort grossière et jurait outrageusement, que la sainteté et la grossièreté ne sont pas incompatibles. Cette attitude le rendit antipathique à de nombreuses personnes et aux médias qui le prirent en grippe. Pourtant, après le jugement rendu finalement par les tribunaux, certains journaux importants publièrent des excuses.

Le 31 octobre 1913, alors qu'il voyageait en France et en Italie, Krishnamurti écrivit une lettre importante à Leadbeater manifestant son indépendance. Une de ses admiratrices, Melle Dodge, lui avait établi une rente annuelle à vie de 500 Livres sterling qui venait s'ajouter aux 150 livres mensuelles que Mme Besant lui envoyait pour ses frais. Un froid s'établit entre Leadbeater et le jeune homme, à la suite de cette lettre. Considérant qu'il ne pouvait plus rien faire pour Krishnamurti tant que celui-ci menait sa bataille pour terminer ses études universitaires, Leadbeater espaça ses lettres et il sembla perdre tout intérêt pour le "véhicule".

Leadbeater quitta Adyar le 20 février 1914 pour une tournée de conférences à Burma, à Java, en Nouvelle Zélande et en Australie. Une tension s'installa à nouveau entre Leadbeater et Mme Besant. Celle-ci ayant repris une activité politique en faveur de l'indépendance de l'Inde, CWL qui était un impérialiste convaincu n'appréciait pas du tout ses orientations politiques, et ne manquait pas de le faire savoir. Mme Besant ne fut pas fâchée de voir partir son ancien compagnon. Leadbeater décida de s'installer à Sydney où, au début de 1915. il enseigna et rassembla une large audience. Il venait de faire la découverte clairvoyante des énergies cachées dans les Sacrements chrétiens et devint profondément intéressé dans le culte Catholique. Il fut en contact prolongé avec Wedgwood, qu'il connaissait depuis 1906.

Wedgwood visita l'Australie en 1915 et, pendant son séjour, initia Leadbeater à la Maçonnerie du "Droit Humain", dite Maçonnerie Mixte parce qu'elle admet les femmes aussi bien que les hommes. Leadbeater trouva la Maçonnerie très intéressante et très utile. Il fit des recherches clairvoyantes sur les rituels de cet Ordre et fut à même de les expliquer et de suggérer quelques changements pour les rendre plus efficaces. Wedgwood lui transmit aussi les degrés Martinistes qu'il avait reçu d'Augustin Chaboseau à Paris, quelques années plus tôt. Il est aussi probable qu'il l'introduisit aux Rites Egyptiens de Memphis et de Misraïm auxquels il avait été admis par John Yarker en 1910, ainsi qu'au Temple de la Rose et de la Croix qu'il avait fondé à Londres quelques années au paravant.

Les Débuts de l'Eglise Catholique Libérale

L'année suivante (1916) Wedgwood revint à Sydney, cette fois comme Evêque, et le 22 juillet, il consacra Leadbeater à l'Episcopat. Trois jours plus tard, Leadbeater annonce sa consécration à Annie Besant, ainsi que les raisons pour lesquelles il l'a acceptée. Les deux Evêques entamèrent la tâche de la révision de la Liturgie Vieille-Catholique et les progrès de leurs travaux peuvent être suivis dans la correspondance que Leadbeater entretint avec son ancienne compagne de travail, Annie Besant. Ce qui suivit est décrit aussi bien dans la brochure de Wedgwood "Les débuts de l'Eglise Catholique Libre" et dans le chapitre "Les Années de Formation"de la brochure 001.001.02 des cours de l'Institut d'Etudes Catholique Libéral (IECL). Les deux évêques, dès le début de leur activité considérèrent que leur action était approuvée par le Seigneur et consistait à recréer la liturgie catholique ancienne pour servir de canal pour la distribution de l'énergie du Christ. Après plusieurs mois de travail, la première version de la Liturgie fut éditée, mais seulement comme un document dactylographié. Elle fut célébrée publiquement pour la première fois le dimanche 6 avril 1917, le jour de Pâques. Un Oratoire avait été installé dans le Penzance Building, Elisabeth Street à Sydney sous la dénomination de l'Eglise Vieille-Catholique. Dès le début, il y eut une certaine résistance à l'introduction de ce que Leadbeater appela la Bénédiction du Premier Rayon. Plus tard, le texte de la Liturgie fut officialisé et l'usage de cette Bénédiction particulière fut étendu. et les notes de travail des deux évêques furent rassemblées par Leadbeater dans son livre: La Science des Sacrements.

Les évêques Leadbeater et Wedgwood travaillèrent à la révision complète de la Liturgie Vieille-Catholique, en commençant par la Sainte Eucharistie, en essayant d'incorporer des idées nouvelles aux anciennes formes de la Liturgie Catholique. Mgr Leadbeater commença à rassembler parmi ses étudiants, ceux qui avaient le désir et les capacités de servir dans le Clergé de l'Eglise Vieille-Catholique. Il les tenait au courant de l'avancement de leurs travaux par des conférences régulières de 1916 à 1919. Ce travail leur prit donc plusieurs années.

A partir de ce moment, le travail de l'Eglise Catholique Libre devint son activité principale, bien qu'il continua à travailler pour la Société Théosophique, la Maçonnerie Mixte, et d'autres mouvements. Il fut spécialement intéressé à entraîner les jeunes gens, garçons et filles, à former leur caractère et à les préparer à la vie spirituelle comme des serviteurs de l'humanité. Il s'adressait souvent à eux en organisant des conférences impromptues dans les demeures de ses étudiants. Voici quelques mots de Jinarajadasa:

" Toujours aimable, il était un maître rigide, nous entraînant à faire chaque travail efficacement, nous inspirant un idéal élevé de vérité et d'honneur, travaillant sans réserve pour le travail du Maître, nous donnant une vision inoubliable de la Justice; voici ce que m'enseigna mon frère du passé, du présent et de l'avenir sans fin."
L'Eglise Catholique Libérale commença à prendre de l'essor après la fin de la première guerre mondiale et des restrictions que celle-ci imposait aux voyageurs. Mgr Wedgwood rentra en Angleterre et fit de fréquentes visites aux Pays-Bas et en France, tandis que Mgr Leadbeater s'attachait à la composition d'un Hymnaire Catholique Libéral, un travail considérable, mais apparemment insignifiant qu'il présenta aussi à Mme Besant pour information. Celle-ci lui répondit, mais la lettre fut perdue. Pourtant, d'après la lettre suivante de Leadbeater il apparaît qu'elle croyait qu'il avait été inspiré, pendant la composition de son Hymnaire, par le Comte de Saint-Germain.

En 1923, certains fidèles de la congrégation de Sydney furent déçus par les services de guérison organisés par l'Eglise Anglicane, avec la coopération d'un de leur membres laïcs, à qui l'on attribuait des pouvoirs considérables. Mgr. Leadbeater commença à célébrer régulièrement des services de guérison selon le Rite Catholique Libéral.

La croissance de l'Eglise Catholique Libre ne se fit pas sans difficulté. De 1918 à 1924, l'Eglise fut violemment attaquée par certains groupes de la Société Théosophique, surtout en Australie et aux Etats-Unis. Leadbeater se crût obligé de publier une déclaration concernant les relations entre l'Eglise et la Société Théosophique.

Au début, les attaques furent surtout dirigées contre l'Eglise, que l'on suspectait d'être un agent de Rome essayant de prendre le contrôle de la Société Théosophique. Plus tard les attaques devinrent plus personnelles et dirigées directement contre Wedgwood et Leadbeater. Les anciennes accusations de 1906 contre Leadbeater refirent surface; en 1922, on attaqua également Mme Besant et une séparation se fit qui aboutit par la formation d'une nouvelle Branche de la Société Théosophique fidèle loyale à Mme Besant et à Leadbeater. Ces attaques débutèrent pendant la visite de Krishnamurti et de son frère en Australie. Ils arrivèrent à Sydney le 12 avril 1922. Leadbeater et Krishnamurti ne s'étaient plus rencontrés depuis leur séjour à Taormina, Sicile, en juillet 1912. Le travail de CWL dans l'Eglise avait provoqué une opposition anti-cléricale au sein de la Société Théosophique en Australie et le Secrétaire Général, Mr. T.H. Martyn, profita de cette visite pour lancer un mouvement appelé le "Retour à Blavatsky". Il demanda un vote de confiance à la Convention de la Société australienne, contre Annie Besant et C.W. Leadbeater. La confiance leur fut accordée par 85 voix contre 15. L'incident fut rapporté par Krishnamurti dans une lettre à Lady Lutyens. Mr. Martyn quitta la convention immédiatement après le vote. Deux jours plus tard, Krishnamurty et Natya invitèrent Mr. et Mme Martyn à dîner, ils tentèrent de les réconcilier avec Leadbeater. Martyn dit alors qu'il croyait en la pureté de Leadbeater, mais il annonça qu'il avait des preuves irréfutables de l'immoralité de Wedgwood.

Martyn, malgré son apparente réconciliation, joua un double jeu. Il contacta la presse et fit une série de déclarations sans apporter aucune preuve. Il jura même que sa femme l'avait trompé avec Wedgwood, sous son propre toit. La presse de Sydney prit intérêt au conflit et certains journaux, en particulier le Telegraph,  publièrent les histoires les plus aberrantes, et les attaques continuèrent pendant un certain temps. Fatigués de cette campagne de médisance, deux membres connus de la Société demandèrent au Ministre de la Justice du New South Wales de conduire une enquête sur ces allégations. Tous les jeunes gens furent inteviewés par la police et l'incident est rapporté dans une lettre de Krishnamurti à Lady Emily Lutyens daté du 2 juin 1922. Cette enquête eut lieu et ne trouva pas la moindre évidence qui puissent supporter ces accusations.

Mgr Leadbeater ne se défendit jamais. Mais tout un groupe de jeunes gens qui étaient sous sa responsabilité, se présentèrent à la police, témoignèrent et affirmèrent que les accusations étaient totalement fausses. Un avocat très connu offrit à Leadbeater de poursuivre les journaux en diffamation. Il l'assura que la cour lui octroyerait une somme considérable en dédommagement pour les dommages encourus par sa réputation. La réponse de Leadbeater fut caractéristique: "Non, pendant qu'ils sont occupés à m'accuser; ils laissent un autre pauvre type en paix."

Pendant cette même année, Mgr Leadbeater et un groupe de ses élèves s'installèrent dans une grande maison sur le rivage du port de Sydney, appelée "The Manor" (Le Manoir) où il put continuer à travailler pour l'Eglise, la Société et tous les autres mouvements. Mgr Leadbeater devint Evêque Président après la démission de Wedgwood. "The Manor" devint un centre vers lequel des gens de tous pays se rassemblèrent autour du grand homme. Voici la description que fit une femme américaine, le Dr. Mary Rocke, de cette période:

" Le voir vivre, c'est apprendre la sagesse. Il est le grand transformateur, qui travaille sur des enfants apparemment assez ordinaires, aussi bien que sur des personnes âgées, les changeant d'une manière merveilleuse, jusqu'à ce que leurs visages irradient le lumière de leur esprit intérieur, jusqu'à ce que leurs vies soient belles et mises au service des autres et à l'aspiration du Suprême.
Pourtant il y a toujours ceux qui 'aiment les ténèbres plutôt que la lumière', ainsi certains de ceux-là ont utilisé cette dévotion qui était montrée par les jeunes, pour déformer la représentation de son caractère; bien que pour nous qui avons vécu des années avec lui, savons que ces accusation sont absurdes, aussi bien que méchantes, lorsqu'elles sont formulées contre une âme toute de pureté, de raffinement et d'honneur, une personne dont la vie est ouverte comme un livre.

Plusieurs familles ont déménagé, venant d'autres villes d'Australie ou d'autres pays du monde entier, pour s'installer à Sydney, seulement pour être tout près de l'Evêque. Vivre près de lui, c'est un peu comme vivre près d'une dynamo ou d'une centrale électrique dont les vibrations accordent les autres à un niveau qu'elles seraient incapables d'atteindre par des moyens ordinaires; c'est comme se baigner dans des rayons de soleil saturé de paix et de joie, dans lesquels toute chose bonne est stimulée, toute faiblesse tombe par faute de nourriture. Sa simple présence est une bénédiction silencieuse donnée continuellement, et chacun se trouve revigoré et joyeux, aussi bien qu'élevé spirituellement, même si sa compagnie ne dure que quelques minutes.

Sa vie se poursuit maintenant parmi une grande famille de quelque cinquante personnes. Des gens de bonne réputation, des gens cultivés, des gens titrés qui viennent des quatre coins de la terre pour s'asseoir aux pieds de ce pur et saint homme, considérant son enseignement comme un privilège, et faisant de grands efforts pour trouver des accomodations sous le même toit. Lorsqu'il marche, des étrangers se retournent et le regardent, attirés qu'ils sont par sa grande noblesse et sa dignité, par la bienveillance et la joie qui rayonne de lui. "Quel beau grand âge", dit un passant l'autre jour".

En ce temps-là Sydney était le centre des activités de l'Eglise Catholique Libre qui commençait à s'étendre dans le monde entier. Le premier Synode Episcopal Général se tint à Sydney en 1924, et le "Liberal Catholic" y était publié et avait une circulation qui ne fut plus jamais égalée depuis. Le centre d'attraction était la personne patriarcale de Mgr Leadbeater. Son prestige et son influence étaient énormes, surtout après la publication de son livre "La Science des Sacrements", un ouvrage très original et révolutionnaire.

Des cérémonies importantes eurent lieu dans la Pro-Cathédrale Saint Aubain à Sydney. De splendides sermons, qui incorporaient les enseignements de la jeune Eglise, y furent donnés à de nombreuses congrégations. Une série de conférences relatives à l'Eglise fut donnée par le R.P. Dr. van der Leeuw à l'Hôtel de Ville de Sydney.

Ce furent les jours de gloire de l'Eglise à Sydney. Mgr Leadbeater attirait autour de lui un groupe d'hommes et de femmes brillants et extraordinaires, venant de tous les horizons.

Tandis que Mgr Leadbeater continuait son oeuvre à Sydney, Mgr Wedgwood, de 1924 à 1928, fit un travail similaire pour l'Europe, à Saint Michael à Huizen. Mgr Cooper, à la Cathédrale Saint Aubain à Los Angeles, Mgr Cooper travaillait pour l'Eglise dans toute l'Amérique.

Les dernières années

Après ce sommet, on assista à un déclin lorsque de 1927 à 1930 J. Krishnamurti commença à dénoncer toute organisation et tout cérémonial. Cette période est souvent décrite comme "l'Attente de la Venue".

En 1930, Mme Besant demanda à Mgr Leadbeater (alors âgé de 83 ans) de venir l'aider à Adyar, et après une tournée exténuante en Europe il s'installa à Adyar pour y finir sa vie. La même année, la province des Etats-Unis eut l'espoir d'une visite de Mgr Leadbeater. L'une des branches de la Société Théosophique dirigée par le Dr. de Purucker à Point Loma pour le mois d'août 1931 pour célébrer le centenaire de la naissance de Mme Blavatsky. Il invita Annie Besant et George Arundale. Mais les espoirs des Catholiques Libéraux furent décus, car de Perrucker, qui avait été pourtant un supporter inconditionnel de Leadbeater, ne l'invita pas. Mme Besant, apprenant la chose annonça qu'elle ne viendrait que si Leadbeater était aussi invité. De Perrucker resta sur sa position, et seul Mgr Arundale y participa.

En 1934, il voulut se rendre à Sydney pour une visite. En chemin, il tomba malade pendant la traversée et il fut débarqué à Perth, en Australie Occidentale, pour y recevoir des soins. Il languit pendant 16 jours à l'hôpital, mais une vague de chaleur vint à bout des forces du vieil homme. Le 26 février 1934, les médecins annoncèrent qu'il n'y avait plus d'espoir de le sauver, il mourut le 1er mars suivant. Ses dernier mots furent, d'après ce qu'on raconte: "Continuez, poussez plus loin; enthousiasme". On leur attribue la signification suivante: Continuez le travail -- poussez votre propre développement de plus en plus loin -- gardez toujours l'enthousiasme.

Dans son homélie, pendant la Messe de Requiem pour Mgr Leadbeater célébrée le 4 mars 1934 à Los Angeles, Mgr Cooper dit:
" Charles Webster Leadbeater a compté plus dans ma vie que toute autre personne. Je veux parler des grandes choses auxquelles il tenait, de son énergie en tant qu'homme, et de la beauté de son caractère. Plus un homme est grand, plus il est mécompris. Je fus associé intimement avec lui et le connaît autant qu'il soit possible de connaître quelqu'un d'autre. Je n'ai jamais rencontré une personnalité plus fine, et plus intrinsèquement saine. Toute sa vie fut marquée par le service: comme Prêtre de l'Eglise Anglicane, comme Orateur, dans de multiples activités d'assistance. Il changea la vie de milliers de gens, leur donnant un nouvel espoir et un nouveau courage. En 1916, il revint dans l'Eglise et y fut élevé au rang d'Evêque; il dévoua alors son temps à la construction de ce travail, une nouvelle entreprise et un point de vue nouveau, planifiée non seulement pour notre temps, mais pour les siècles à venir. Cette Eucharistie est la plus belle chose que nous puissions offrir à un homme. Ce n'est pas seulement une cérémonie, mais un grand déversement spirituel. Il y a quelque chose de bien plus grand que de gagner son pain et de rechercher la richesse, et c'est cette chose-là que notre Evêque Président représentait. Il n'y a pas besoin de montrer du chagrin pendant ce service car la mort n'est pas la fin de la vie, elle n'en est qu'un épisode. Nous sommes immortels. Il vit."
Il n'y a pas de doute que Mgr Leadbeater ait été un homme remarquable. Il n'a jamais imposé son point de vue à personne. Il laissa toujours chacun entièrement libre:

" Il ne faut pas croire ces choses parce que je vous le dit; si vous les acceptez, c'est parce qu'elles vous paraissent entièrement raisonnables...".
Beaucoup de ce qu'il a enseigné semble mener à la controverse, et certains Catholiques Libéraux (même appartenant au Clergé) sentent qu'ils ne peuvent accepter ses enseignement sur certains points. Beaucoup de ses enseignements, toutefois, ne font que jeter une nouvelle lumière sur des enseignements anciens, qui ont été l'objet de nombreuses interprétations au cours des âges.

Ensuite viennent ses observations clairvoyantes qu'il mena avec la plus grande précision et exactitude. C'est sur ce chemin particulier que beaucoup de gens éprouvent de la difficulté à le suivre, ce sont surtout ceux qui chérissent des opinions et des croyances orthodoxes qui sont dérangés.

Il n'a jamais proclamé une infaillibilité de quelque sorte que ce soit, il a toujours laissé au jugement et à l'intuition de chacun, le choix d'accepter ses observations. Cependant celles-ci font partie d'un système, et comme le philosophe Keyserling l'a dit:

" Ses déclarations sont tellement plausibles, que ce serait encore plus merveilleux si Leadbeater s'était trompé".

A l'intérieur de la couverture de son missel on a trouvé ces lignes:
1. J'essayerai de toujours penser au travail du Maître en premier lieu.

2. Je ferai une règle absolue de ne jamais m'offenser.

3. Je m'occuperai strictement de mes propres affaires et ne ferai aucune critique.
Je n'écouterai ni ne répéterai aucune médisance sur les autres.

4. J'essayerai d'éviter d'être irritable et garderai le calme et la paix.
J'essayerai d'écarter les pensées personnelles.
Elles sont typiques de l'homme qui les a écrites. Avant d'entreprendre tout action spirituelle, et même pendant toute notre vie, nous devrions suivre ces simples règles de conduite qu'il essaya toujours d'appliquer lui-même. Il nous enseigna que c'est dans les petites choses que la vie nous entraîne à la perfection et c'est en elle que la sainteté se développe. Une de ses phrases caractéristique était:

"L'altruisme parfait est la couronne de toute vertu"

Leadbeater fut un écrivain prolifique. Voici les titres de quelques uns de ses ouvrages:

La Science des Sacrements
Le côté caché des Fêtes Chrétiennes
Le Crédo Chrétien
Le côté Caché des Choses (2 vol)
La Vie Intérieure (2 vol)
Les Maîtres et le Sentier
Les Aides Invisibles
Le Plan Astral
La Monade et autres essais sur la Conscience supérieure
Le côté caché de la Franc-Maçonnerie
Vues sur l'Histoire Maçonnique
L'Autre Côté de la Mort
Les Rêves
La Clairvoyance
L'Homme Visible et Invisible
L'ABC de la Théosophie
Le Parfum d'Egypte et autres contes bizarres
La Gnose Chrétienne (posthume)

Ouvrages écrits en collaboration avec Mme Besant:

Les Formes-Pensées
Le Sentier de l'Occultisme
L'Homme, d'où il vient et où il va.
La Chimie Occulte