C.W. Leadbeater et J. Krishnamurti.

Nombreux furent les membres du Clergé qui quittèrent l'Eglise Catholique Libérale, suivant ou pensant suivre les enseignements de J. Krishnamurti. Elle perdit beaucoup de ses membres. Les enseignements de Krishnamurti devinrent de plus en plus radicaux, avec le temps.

En 1929, il dissout l'Ordre de l'Etoile d'Orient rompt toute communication avec la Société Théosophique et les autres mouvements qui l'avaient soutenu, y compris l'Eglise Catholique Libérale. Nous savons maintenant que ce n'était pas était nécessaire puisqu'il avait l'intention de donner son enseignement personnel en dehors de l'influence de la Societé Théosophique. L'Eglise Libérale ne lui avait officiellement apporté aucun support officiel, avant l'intervention personnelle de l'évêque anglais Pigott qui d'après certaine sources fut déterminante dans la dissolution de l'Ordre de l'Etoile.

Au début de 1930, le Troisième Synode Episcopal Général Catholique Libéral se réunit à Adyar (Indes), dans une atmosphère bien différente des deux précédents. Une déclaration à l'intention des membres de l'Eglise fut publiée par ce Synode dont voici un extrait:

" De nombreuses questions ont été posées en ce qui concerne la Venue de l'Instructeur du Monde. Le Synode Episcopal Général a pris en prudente considération les opinions largement divergentes adoptées et exprimées par différents membres de l'Eglise; non seulement sur le fait de la Venue, mais aussi sur sa nature et son étendue. Il considère fortement qu'il n'a pas le droit d'imposer une croyance à ses membres, mais qu'il doit garder sa direction universelle d'autoriser une parfaite liberté de croyance individuelle en ce domaine aussi bien que dans tout autre; dans sa capacité officielle, ce Synode ne peut que garder une attitude de stricte neutralité. Il a donc, dans cette optique, retiré toute allusion à l'Instructeur du Monde de son Abrégé de la Doctrine ...

Réaffirmant notre croyance dans la présence réelle du Seigneur dans Son Eglise entière, et dans Sa volonté d'utiliser l'Eglise Catholique Libre en particulier comme un instrument de distribution de Sa bénédiction sur le monde, nous exhortons nos membres de partout de continuer de se dévouer à Son service dans Son Eglise, avec un zèle et une confiance inébranlable."
La direction adoptée par les Evêques de ce Synode, sous la présidence de Mgr. Leadbeater, est claire comme le montre les phrases qui précèdent. On pourrait appeler cette direction par le terme de retour à l'héritage de l'Eglise.

Mais après tant d'années, l'attente de la Venue laissait encore beaucoup de personnes du Clergé et des membres dans un état de confusion. En 1927 et 1928, Mgr Wedgwood écrivit plusieurs brochures défendant le travail cérémoniel que condmnait Krishnamurti. En 1930, Mgr Leadbeater écrivit dans "The Liberal Catholic", l'organe officiel de l'Eglise Catholique Libérale:

" Je reçois constamment des lettres et des demandes verbales, m'implorant de donner à leurs auteurs et aux demandeurs quelques instructions concernant ce sujet; et même, en fait, de donner mon opinion personnelle. Je crois fermement que dans un tel domaine, chaque personne doit faire face à la responsabilité de prendre sa propre position; il est du devoir de chaque membre, non pas de demander ce qu'il convient de croire, mais bien de peser les faits et de prendre sa propre décision...

Certains ont refusé de croire que Krishnaji est une manifestation possible de l'Instructeur du Monde à cause de certaines déclarations qu'il a faites, comme: "Il vous est impossible d'approcher de la Vérité par aucun Chemin, ni par aucune religion, ou rite, ou cérémonie quels qu'ils soient. Les formes religieuses peuvent avoir l'intention d'aider l'homme, mais j'affirme qu'elles ne peuvent l'aider en aucune façon..."

Cette affirmation est en contradiction flagrante avec l'expérience de milliers de gens; nous avons été aidés et élevés grandement par des cérémonies, et (ce qui est beaucoup plus important), nous avons été à même d'aider beaucoup de gens par elles...

Ne pouvez-vous pas comprendre que si un grand réformateur veut attirer, émouvoir un monde indolent et inattentif, il doit parler violemment, il doit insister sur la note particulière qu'il doit faire retentir, il doit ignorer toutes les idées qui s'opposent à elle. Il ne peut être que concentré sur elle, il ne doit voir aucune autre opinion que la sienne -- en résumé, il doit être fanatique..."
Une telle question, à savoir si Krishnamurti était l'Instructeur du Monde attendu ou non, ou la valeur du cérémoniel et des autres aspects de la religion, ont continué d'occuper les pensées des membres de l'Eglise de cette période. Comme Leadbeater l'a bien dit: "Krishnamurti et son enseignement constituent la question la plus provocante présentée nos membres jusqu'ici."

Aujourd'hui les Catholiques Libéraux n'apportent que peu de considération à cette partie de l'histoire de leur Eglise Catholique Libérale, mais durant les quinze premières années de la vie de cette Eglise, elle a été de loin le sujet de la plus grande préoccupation de nombreux membres. La croissance rapide de l'Eglise Catholique Libérale, au début, a certainement été dûe en partie à l'attente de la Venue. Combien grandes furent la déception et la confusion de ces personnes lorsqu'elles réalisèrent que la Venue s'avérait bien différente de ce qu'elles attendaient. Combien pourraient soutenir une telle tension aujourd'hui?