La lettre codée de Toronto.


Après la plainte faites par deux jeunes garçons, l'un de San Francisco et l'autre de Chicago, concernant les directives de conduite sexuelle que Leadbeater avait parfois enseignées, il n'était pas vraiment possible de l'accuser de mauvaise conduite. Les parents pouvaient éventuellement considérer ces avis comme inadéquats ou même immoraux, mais il s'agissait seulement d'une question d'opinion.

Les dirigeants de la Section américaine ne voyaient pas d'un bon oeil la montée de la popularité de Leadbeater aux Etats-Unis et au Canada, qu'Olcott considérait comme une chasse gardée, même vis-à-vis de Mme Blavatsky. D'autre part, les deux garçons étaient les fils de membres éminents de la Société. Le "confession" du fils du Secrétaire Correspondant de l'Ecole Esotérique théosophique de Chicago, agé de quatorze ans était aussi confuse qu'embarassante. Il fallut donc trouver autre chose.

Subitement, une lettre "codée" apparût qui lui fut attribuée, sans aucune preuve valable. La lettre était tapée à la machine et codée en utilisant une simple permutation. D'après les accusateurs, celle-ci avait été trouvée par terre dans un appartement où Leadbeater avait résidé quelques temps, par une servante curieuse. Elle n'était ni signée, ni datée, ni identifiable de quelle manière que ce soit. On ne pouvait même pas prouver qu'elle avait été écrite pendant le séjour de Leadbeater à Toronto.

Une fois décodé, le texte de cette lettre était tellement "obscène" (sic), que sa publication fut interdite dans la presse anglaise. Le passage offensant était: "Une sensation heureuse est tellement plaisante. Mille baisers, très cher (ou très chère)"; la langue anglaise ne permettant pas de déterminer si la personne recevant le message était un homme ou une femme.

La lettre ne fut jamais utilisée pour d'autres motifs que d'enflammer les esprits des membres de la Section américaine dont le puritanisme était bien connu, surtout dans les états du sud des Etats-Unis et de Californie où cette Société était bien établie. Annie Besant fut mise au courant par Olcott et écrivit à Leadbeater une lettre d'une grande détresse. Il nia avoir écrit la lettre, mais admit sans ambage avoir recommandé la masturbation dans certains cas, comme étant un mal bien moins grand que l'usage de prostituées, ou encore une obsession de culpabilité ou des pensées érotiques.