Dans ce pays, si loin et si proche à la fois, réside le soi immortel de l'homme. Là, il se promène chaque jour en compagnie de son ange; ils sont l'un et l'autre remplis de joie, chacun incarnant la joie. Ici la distance n'existe pas car la terre entière est à ses pieds; le temps ne s'écoule pas car l'éternité est sienne. Tel est le pays où habite l'âme de l'homme; telle est sa patrie spirituelle.
Bien que je parle de paysage, de cours d'eau, de mer et de ciel, d'arbres qui ondulent majestueusement, de précipices et de clairières, de sommets de montagnes et de champs, il n'y a là que l'essence de ces choses et non leur forme, qui compose le paysage varié du pays de la joie. Car c'est le pays de la lumière où toutes choses sont lumière; il n'y a pas de forme que vous pourriez reconnaître comme telle, mais la forme est connue par la connaissance de l'essence de toute forme. La beauté fait naître l'extase, la réponse vibrante de la joie; pourtant ce n'est pas la forme de la beauté, mais le Soi de la beauté que nous voyons. Dans ce monde de l'éternel bonheur, il n'y a point de mots, car l'âme des hommes et des anges n'a pas besoin de paroles, ni de pensées, car les pensées sont des fragments d'idées comme les mots sont des fragments de pensées. Ici la fragmentation ne peut exister car le pays de la joie est l'unité manifestée bien qu'étant sans forme.
L'unité est la loi fondamentale du pays de la joie. Ici se trouve tout le savoir que l'homme acquiert par la pensée sans que la pensée soit nécessaire. Ici se trouve l'amour le plus profond qu'il puisse éprouver, rayonnant de façon universelle non d'un centre ou d'une partie, mais de partout implicitement. La musique que vous connaissez par la pensée, par le sentiment ou par le son est un faible et lointain écho de la musique universelle. Avant que cette musique puisse trouver sa véritable expression dans les mondes inférieurs, chaque atome des mondes de la pensée, du sentiment et de la chair devrait avoir appris à chanter de manière qu'il n'y ait de place que pour la musique; même les intervalles entre les particules qui composent la forme devraient être remplis de chant. Avant que l'homme inférieur puisse entendre ce son merveilleux, il doit se transformer, se reconstruire avec des atomes de la musique, afin de pouvoir entendre le chant universel de l'atome.