Biographie


James Ingall Wedgwood naquit le 24 mai 1883. Il était donc relativement jeune (32 ans) lorsqu'en 1916, il prit la direction du mouvement Vieux-Catholique en Grande Bretagne. Il appartenait à une famille célèbre pour la fabrication de sa porcelaine; et bien qu'il ne soit pas riche, il était un homme vivant de ses rentes. Wedgwood était un expert dans le domaine des orgues et obtint un doctorat en Sciences de la Sorbonne, à Paris traitant de la technologie de ces instruments.

Années de jeunesse

Nous savons fort peu de choses de la jeunesse de James I. Wedgwood. Les extraits qui suivent sont extraits d'un article autobiographique qu'il écrivit pour la revue Adyar Bulletin (qui fut republié dans la revue Theosophy in New Zealand, en décembre 1916):

"Mon goût pour le cérémonial fut l'un de mes premiers intérêts. Dans un de mes premiers souvenirs, je me vois debout, avec ma bonne d'enfant dans l'église paroissiale de Folkstone, regardant une procession. Je me souviens encore maintenant combien je fus ému par sa vue, et comment je questionnai ensuite ma bonne d'enfant lorsque je passai, à Bedford, devant un bâtiment portant l'enseigne "Freemason's Hall" (Loge maçonnique). Je n'avais jamais entendu dire que c'était une société secrète, mais dès cet instant je me décidai de la rejoindre dès que possible.

J'allai à l'école en temps voulu (on m'envoya en pension à l'âge de cinq ans, car je comprend que je fus un enfant fort difficile à la maison!), et le dimanche nous allions prier dans l'Eglise Anglicane habituelle, dans laquelle on ne célébrait aucun rituel digne d'être mensionné. Ces services me fatigaient, mais dès le début je fus fortement attiré par les orgues. Pendant les hymnes, qui mettaient ma patience à rude épreuve, je comptais les tuyaux visibles de l'instrument. Plus tard, je m'occupai considérablement de la construction des orgues. Mais ce n'est qu'après être entré en contact avec la Théosophie que je réalisai que l'intérêt que je portais pour les orgues et la musique en général avait sa source dans les effets magiques et psychologiques du son. . .

Mais il y avait un autre élément important dans ma jeunesse. Mon grand père, Hensleigh Wedgwood, était l'un des fondateurs de la Spiritualist Alliance (société spirite), et de la Society for Psychical Research (Société de recherches psychiques). . .

Ma mère était une très bonne clairvoyante (elle est citée dans certains livres de Myers, Gurney et Podmore); elle connaissait H. P. Blavatsky. Ainsi, bien que je ne sache rien du Spiritisme et de la Théosophie, j'entendis parler d'eux dans ma famille et je m'intéressai grandement sur le peu que j'en aie appris....

Mon intérêt pour les orgues se poursuivit, et j'aimais me rendre dans les églises où l'on jouait de la bonne musique. Ainsi, vers l'âge de dix-sept ans, j'arrivai dans une église ritualiste à East Clevedon, et j'entendis un sermon qui traitait, par hazard, de l'inclinaison de la tête faite lors de la prononciation du nom de Jésus. Ceci m'intéressant, le Prêtre me donna un petit livre qui me convertit complètement en un High-Churchman (un membre de la branch ritualiste de l'Eglise Anglicane N.D.T.). Je commençai à servir à l'autel et gagnai ainsi un peu d'expérience en cérémonial ecclésiastique. Je lus ensuite un stupide livret protestant intitulé: The Secret History of the Oxford Movement (L'histoire secrète du mouvement d'Oxford), par un certain Walter Walsh, qui eut pour effet d'enflammer mon enthousiasme pour rejoindre toutes les soi-disant sociétés secrètes qui y étaient "exposées". L'une d'elles dont je devins membre fut la Confraternité du Saint Sacrement, qui se trouva être parfaitement innocente et réellement édifiante. . .

Je devins sincèrement religieux et ensuite fut grandement troublé du fait que l'aspect cérémoniel du culte m'attirât beaucoup plus que la prière, etc... qu'à cause de mon ignorance des "Rayons", je considérais comme une erreur. Graduellement, j'abandonnai mes projets de devenir un chimiste et décidai d'entrer dans les Ordres de l'Eglise. Mes parents s'y opposèrent d'abord et je n'étais pas certain de ma vocation, aussi je décidai d'entreprendre des études musicales comme un préliminaire très utile au travail d'un membre du Clergé. Je devins donc, selon la volonté de la destinée, l'élève d'une des plus grandes autorités en matière de musique Grégorienne et de Plain Chant."

La Maçonnerie et autres mouvements occultes

Wedgwood commença sa carrière spirituelle en réalisant l'un de ses rèves d'enfant. A l'âge de seize ans, il entra comme louveteau dans la Loge Maçonnique locale. Très vite, il en gravit les divers degrés, et après avoir rencontré John Yarker et Theodor Reuss, rejoignit d'autres fraternités et mouvements initiatiques. Le Martinisme fut l'un d'eux et son enseignement influença vivement sa philosophie personnelle en l'introduisant à l'idée de la Réintégration. Selon cet enseignement, toutes les créatures retourneront un jour, inmanquablement, dans l'Unité divine, une idée que Wedgwood incorpora dans la doctrine et la liturgie de l'Eglise Catholique Libérale.

Dès 1910, James Ingall Wedgwood avait reçu tous les degrés des deux Rites Egyptiens dont John Yarker était le chef. Du 33e au 94e au Rite de Memphis, et du 33e au 90e du Rite de Misraïm (y compris le 66e qui est considéré comme une Consécration épiscopale). Il avait reçu au préalable tous les degrés, jusqu'au 33e, du Rite Ancien et Accepté de Cerneau de John Yarker lui-même, ainsi que les plus hauts degrés de l'Initiation Martiniste par T. Reuss.

En ayant obtenu l'autorité de John Yarker, James Ingall Wedgwood, fonda à Londres, une loge Martiniste indépendante portant le nom de The Temple of the Rose and the Cross (Temple de la Rose et de la Croix). Le Martinisme ayant acceuilli les femmes à l'égalité des hommes, depuis les années 1780's , ce Temple comptait au moins deux femmes parmi ses Officiers principaux, qu'il nomme dans un article autobiographique publié dans la revue Américaine UBIQUE:

Mr. Armine Wodehouse écrivit la version originale de la belle hymne utilisée dans la Bénédiction du Très Saint Sacrement: "L'heure sainte est finie", pour un mouvement cérémoniel appelé le "Temple de la Rose et de la Croix", dont Mme. Besant, Mme Hotchener (née Russak) et moi-même étions les Officiers Principaux.

J.I. Wedgwood rejoignit la Société Théosophique et devint très actif en Angleterre, comme Franc-Maçon, il aida à l'établissement de l'Obédience française mixte Le Droit Humain qu'il développa d'abord en Angleterre, puis aux Indes, en Australie et dans les autres colonies britaniques. Simultanément, il promut le Martinisme et les Rites Egyptiens. A cette époque, le travail de Wedgwood reçu l'appui de la Société Théosophique. Le Martinisme avait joué un rôle secret dans cette Société dès sa fondation: Mme. Blavatsky y avait été initiée par l'un de ses oncles en Russie, et ce travail avait été étendu par le Dr. Franz Hartman, l'un des ouvriers des premiers temps de la Société, puis poursuivi par Mr. G. Macbean, durant son séjour à Adyar. Plus tard encore, d'autres lignes initiatiques Martinistes rejoignirent la Société Théosophique, en provenance de Pologne et anciens états de Hesse et Darmstadt.

Wedgwood initia Charles Webster Leadbeater à la Maçonnerie (Rites Ecossais et Egyptiens), ainsi qu'au Martinisme, à Sydney, Australie, une dizaine d'années plus tard. Puis, une vingtaine d'années plus tard, fut l'un des fondateurs du Souverain Sanctuaire du Rite Egyptien des Anciens Mystères à Adyar, aux Indes.

En 1921, Mr. G. Macbean, un membre de la Société Théosophique, ambassadeur d'Angleterre en Sicile, deving le Grand Maître du Souverain Sanctuaire indépendant du Rite Egyptien à Palerme. Sous la pression du gouvernement faciste, le Souverain Sanctuaire de Palerme qui avait reçu sa Charte d'une Grande Loge Egyptienne en 1887, dut terminer ses activités. Afin d'en assurer la continuité, MacBean octroya en 1925, une Charte régulière à cinq membres influents de la Société Théosophique et du Rite Egyptien: James Ingall Wedgwood (Angleterre), Charles Webster Leadbeater (Australie), George Arundale (Angleterre), C. Jinarajadasa (Indes), and Oscar Kollerström (Australie) [le père du médecin de Wedgwood], leur accordant " ... l'autorité pour constituer un Souverain Sanctuaire du Rite Egyptien, en tout temps et en tout lieu convenables...". Le Rite de Palerme ne fut jamais réveillé. Un des survivants de ce Souverain Sanctuaire amena la charte originale de 1887, et une copie de celle de Macbean (1925) à Bruxelles, lorsqu'il émigra en Belgique vers 1960. Les deux documents sont aujourd'hui conservés dans une collection privée de documents maçonniques.

Un nouveau Souverain Sanctuaire fut fondé à Adyar par les cinq personnes autorisées et ils y adjoignirent plusieur membres dont Mme Besant, Mme Rukmini Devi Arundale, N. Sri Ram, le Prof. J. van der Stok, le général Michad Tokarevski. Les filiations Martinistes furent absorbées dans ce mouvement qui vit le nombre de ses degrés réduit de 95 à 7. Cette Branche du Rite Egyptien fut officiellement close par Mme Rada Burnier, dernier Grand Maître, en 1989.

En tant qu'Evêque Catholique, il n'y a aucun doute que Mgr. Wedgwoor soit un reformateur. Non seulement un réformateur doctrinal, mais aussi comme un cérémonialiste. C'est pour cette raison que l'on ne doit pas être surpris d'apprendre qu'il tenta de réformer la Maçonnerie, plus ou moins selon les mêmes méthodes qu'il utilisa dans l'Eglise Catholique Libérale. Mais à cause de la seconde guerre mondiale et de la structure rigide des mouvements maçonniques, ses réformes ne lui ont pas survécu. Dans ses expériences qu'il contrôlait par clairvoyance, il utilisa l'expérience qu'il avait acquise comme Martiniste en réintroduisant l'idée des Maîtres Inconnus, semblable à la doctrine du Théosophe d'Amboise Louis-Claude de Saint-Martin, puis comme cérémonialiste en introduisant l'usage de pierres précieuses portées par les Officiers de la Loge, une méthode semblable à celle qu'il utilisa pour réviser la Liturgie tridentine. Ignoré par les Obédiences régulières, même par celle du Droit Humain, il travailla avec des groupes indépendants. Pratiquement toute la documentation, le matériel et les rituels disparurent pendant la deuxième guerre mondiale lorsque la maison de M. Lemestre, un membre de la Sociétré Théosophique et particiant au travail Maçonnique de Wedgwood, fut complètement détruite. Le peu qui en resta fut publié sans commentaires par l'écrivain Maçon et membre de la Société Théosophique belge Pierre Marille, dans un ouvrage aujourd'hui introuvable: L'Art et les Mystères.

La Connection française.

Lorsqu'il travaillait pour l'Obédience française Le Droit Humain, Wedgwood résida à Paris pour des périodes assez longues. Comme il maîtrisait parfaitement la langue française, il établit des relations amicales avec les membres de cette Obedience et d'autres, de la Société Théosophique et du mouvement Martiniste, et avec Augustin Chaboseau en particulier. Chaboseau était à l'époque l'un des dirigeants de l'Eglise Gnostique Apostolique, qui était une résurgence du mouvement Catholique Libéral des années 1820, dirigé par Lammenais, et condamné par Rome dans deux Encycliques: MirariVos et Singulari Nos. Immédiatement après son élection à l'Episcopat par le Synode de Londres, Wedgwood eut des réserves lorsqu'il s'est agit de recevoir la Consécration des mains de Mgr. Willoughby, l'évêque Vieux-Catholique désigné pour sa Consécration. Il demanda un temps de réflexion pour évaluer d'autres options, principalement une Consécration par son ami Chaboseau. Après une analyse prudente de la Succession Apostolique de l'Eglise Gnostique Apostolique, Wedgwood eût des doutes quant à sa validité et accepta finalement d'être consacré par Mgrs. Willoughby, King et Gauntlett à Londres. De plus, la position dogmatique de cette Eglise était fort éloignée de son orientation.

C'est à cette époque que Wedgwood presenta avec succès deux thèses de Doctorat en Sciences à l'Université de la Sorbonne. Ces thèses furent perdues pendant des décades, mais l'une d'elle, sur la musique, a été retrouvée récemment par une membre de l'Eglise Catholique Libérale en France. L'autre, sur la résistance des alliages n'a pas encore été retrouvée.

Découverte du Catholicisme Libéral

Après avoir travaillé dans l'église Saint Aubain à Nottingham, le jeune Wedgwood s'installa à York où il poursuivit ses études sous la direction de l'organiste de la cathédrale de cette ville. C'est alors qu'il assista à une conférence donnée par Mme Besant et décida de rejoindre la Société Théosophique. Nous lui laissons la parole:

"A partir de cette époque, je renonçai au travail de l'église et à une carrière ecclésiastique, et ayant tout juste assez de revenus pour vivre, je décidai de me consacrer au travail dans et pour la Société Théosophique. De 1911 à 1913, j'exerçai les fonctions de Secrétaire Général de la Société en Angleterre et au Pays de Galles, j'abandonnai ce poste pour devenir le Grand Secrétaire de la Juridiction anglaise de la Maçonnerie Mixte. En voilà assez pour l'histoire préliminaire.

" En 1913, une lettre fut publiée dans un quotidien de Londres, concernant les habitudes des oiseaux. La lettre attira particulièrement mon attention parce qu'elle était signée par l'Archevêque A.H. Mathew, que je connaissais vaguement comme l'évêque Vieux-Catholique de Grande-Bretagne. Je me sentis forcé de lui écrire et de lui demander des renseignements sur l'Eglise qu'il dirigeait. Il m'envoya une réponse fort amicale. L'idée d'entrer dans les Ordres me repris. Je lui fis connaître les détails de ma vie, mon attrait pour le travail ecclésiastique, et les études que j'avais terminées.

Il m'invita à lui rendre visite, et m'accepta immédiatement. Je fus rebaptisé et reconfirmé sub conditione par lui, reçu aux Ordres Mineurs, ordonné au Sous-Diaconat, au Diaconat et enfin à la Prêtrise le 22 juillet 1913. Ces cérémonies furent célébrées dans un oratoire que j'avais installé dans mon appartement au No.1 Upper Woburn Place à Londres, en face des quartiers généraux de la Société Théosophique, où j'occupais les fonctions de Secrétaire Général.

" Les deux années qui suivirent virent l'Ordination à la Prêtrise, par Mgr. Mathew, d'autres membres de la Société Théosophique.

" Pendant l'automne de 1914, je me rendis à Adyar, aux Indes, aux quartiers généraux de la S.T. sur une invitation de Mme Annie Besant, et l'année suivante, je visitai l'Australie. J'étais, à l'époque, Grand Secrétaire de l'obédience mixte du Droit Humain, pour la Juridiction Britanique et j'étais fort actif dans ce mouvement. Ce fut cette année, en 1915, que j'eus le privilège d'initier C.W. Leadbeater à la Franc-Maçonnerie. Je lui parlai de mon ordination et il vint assister à plusieurs de mes célébrations de la Sainte Eucharistie. Il fut fortement impressionné par l'énergie bénéfique qu'une telle ordination accordait et par les splendides opportunité offertes, par cette célébration, pour la distribution des bénédictions spirituelles sur le monde.

" Pendant ce temps, l'Archevêque Mathew avait consacré F.S. Willoughby à l'Episcopat. En septembre 1914, il envoya une lettre à son clergé disant que vu l'avancement de son âge, il était désirable que des actions "immédiates soient entreprises pour conserver la validité de la succession apostolique dans notre section de l'Eglise, puisqu'il existe un risque de la perdre". Les élections eurent pour résultat la consécration du Rév. F.S. Willoughby le 28 octobre 1914. Mon nom vint en seconde position à cette élection et il fut décidé que je serais consacré dès mon retour, afin que le nombre canonique de trois d'évêques soit atteint.

" Mgr. Mathew alors fit sa "soumission inconditionelle" à l'Eglise Romaine. Ceci fut annoncé dans le quotidien le Times pendant les derniers jours de 1915.

" Je fus donc consacré à l'épiscopat le 13 février 1916 par Mgr. Willoughby, assisté des évêques King et Gauntlett. Notre Oratoire étant bien trop exigu pour une telle occasion, nous fîment usage du Temple maçonnique du Droit Humain de Londres.

" Notre situation n'était pas aisée. Nous n'étions pas entré dans le mouvement avec l'intention de commencer une autre Eglise. Rien n'était plus éloigné de notre pensée. Nous furent fondés à cause de nos relations avec une communauté sincère et dévôte qui avait appris à apprécier les privilèges spirituels qui leur étaient offerts par le mouvement...

" Quelques mois plus tard, j'étais à nouveau en chemin pour Sydney pour prendre l'avis de C.W. Leadbeater. Ce voyage mondial était certainement fort cher, mais je réalisai une partie de mon capital pour le rendre possible. Mgr. King fut chargé du travail en Grande-Bretagne et admit de bons travailleurs à la prêtrise.

" Mr. Leadbeater vit les énormes possibilités qu'offraient le mouvement et se mit à son service sans réserves. Il fut consacré à l'Episcopat le 15 juillet 1916, ayant reçu au préalable le Baptême, la Confirmation et tous les Ordres, à nouveau sous condition, de ma main.

" Les phases les plus heureuses et intéressantes de ma vie venaient de débuter. Les rites nombreux et divers de l'Eglise furent étudiés avec attention et, par ces recherches, les fondations de notre Liturgie actuelle furent posées; un livre intéressant et d'une grande valeur fut publié plus tard, par mon grand collègue, La Science des Sacrements.

" Nous nous sommes mis d'accord sur le principe que la Liturgie ne devait pas s'écarter de la ligne générale de la pensée et du culte chrétiens. Notre Eglise était chrétienne et nous avions l'intention de la garder comme telle. Nous suivîment donc le plan général de la Liturgie Romaine qui avait été en usage dans notre Eglise et que nous avons reconnu comme la base la plus utile pour notre travail.

" Le travail de révision de la Liturgie fut souvent interrompu par les voyages nécessaires pour la fondation de notre mouvement dans différents pays. Elle est peut être petite, en ce qui concerne le nombre de ses membres, mais elle a apporté une contribution distincte a la communauté des églises chrétiennes et elle accompli sa tâche, bonne et intresèque, comme un instrument au service de notre Seigneur et Maître commun. "

Les courts extraits ci-dessus sont tirés d'un article par Mgr. Wedgwood, publié dans le No de février 1937 de la revue UBIQUE, l'organe officiel de la Province des Etats-Unis, de l'Eglise Catholique Libérale. La traduction française intégrale de cet article a été publiée dans la brochure "Les Débuts de l'Eglise Catholique Libérale", (ALBANUS, 1995).

Pendant la première guerre mondiale. Wedgwood voyagea énormément, acceptant chaque opportunité comme conférencier et d'ouvrir de nouveau Centres de l'Eglise. Aux Etats-Unis, il y avait à l'époque, beaucoup d'intérêt pour une nouvelle Eglise. Les numéros d'août et de septembre 1917 du Theosophic Messenger annoncèrent l'arrivée de Wedgwood qui publia des annonces pour accroitre l'intérêt du public pour l'Eglise Catholique Libérale. Il prit la parole à New York, à la Convention Théosophique, ainsi que d'autres villes des Etats-Unis. Il reçut une invitation spéciale de Mr. A.P. Warrington, pour prendre la parole à l'Institut Krotona, qui était alors à Hollywood, en Californie. Warrington, le fondateur de Krotona, croyait fermement au retour du Christ sur terre, et selon ses vues, l'Eglise Vieille Catholique était le canal logique pour son retour. En conséquence, Wedgwood était le choix logique pour la fondation de cette Eglise en Californie.

Mais Wedgwood dut faire face à une situation difficile qui était potentiellement embarassante. Plusieurs mouvements, aussi appelés "Vieux-Catholiques" étaient déjà établis dans aux Etats-Unis. L'Eglise "Vieille Catholique Romaine" avait été établie par l'Archevêque Carmel Henry Carfora, qui avait été consacré par Mgrs. Prince de Landes Berghes et de Raches le 4 octobre, 1916. De Landes dérivait également ses Ordres de l'Archevêque Arnold Harris Mathew et avait été consacré par lui, à Londres, le 29 juin 1913. Il y avait aussi l'Eglise "Catholique Américaine", présidée par l'Archevêque Frederic Ebenezer John Lloyd, un ancien Prêtre Episcopalien élevé à l'Episcopat par l'Archevêque René Villatte le 29 décembre 1915. A cette époque, ces deux évêques étaient les chefs des Eglises avec lesquelles Wedgwood devait traiter.

A titre de précaution, Wedgwood avait écrit à Lloys et Carfora que, puisque de la Succession Vieille-Catholique était déjà établie aux Etats-Unis, il était prêt à reconnaître les Prêtres qu'ils avaient ordonnés s'ils acceptaient la Declaration des Principes de l'Eglise Vieille-Catholique d'Angleterre. Lorsqu'il arriva à Los Angeles, Wedgwood apprit que l'Archevêque Carfora n'avait pas répondu. L'Archevêque Lloyd, pour sa part, trouvait la Declaration des Principes< acceptable, et était prêt à coopérer. Mais quelques jours plus tard, il déclara ne pas vouloir se soumettre à un évêque étranger. Lloyd changea d'avis et présenta ses propres exigences théologiques qui furent considérées inacceptables par Wedgwood, dont la première réaction fut de faire un voyage aller-retour pout tenter de résoudre ce problème par une rencontre face-à-face. Mais le voyage étant trop difficile, Wedgwood écrivit à Lloyd, exposant son problème sans aucune intention d'être discourtois, mais il devait faire un voyage à Chicago peu après, il espérait que les difficultés seraient alors aplanies. Wedgwood poursuivit ses plans d'ordonner les trois premiers Prêtres des Etats-Unis la 14 août 1917: Robert Kelsey Walton, Gregory Samuel Lines, et James Grattan Mythen, dans l'église Episcopalienne d'Echo Park à Los Angeles.

Mgr. Wedgwood arriva à Chicago en Septembre, et tenta de rencontrer l'Archevêque Lloyd, mais on l'informa que "L'Archevêque n'était pas en ville". Des amis communs dirent à Wedgwood qu'ayant ignoré Lloyd en ordonnant trois Prêtres, il était maintenant ignoré... Wedgwood donna plusieurs conférences à Chicago, puis se rendit à la Convention Théosophique de New York avec Edwin B. Beckwith, un médecin de Chicago. Le 4 octobre 1917, à New York, Wedgwood l'ordonnait à la Prêtrise, en même temps que Ray Marchall Wardall, un avocat de Seattle.

Le 13 août 1918, Wedgwood s'arrêta encore à Chicago, en route pour Los Angeles. Deux jours plus tard, il confirmait 32 personnes, en dépit d'une vague de chaleur. L'après-midi, le Rev. George O. Butler, un ancien Prêtre anglican, parla à Wedgwood de ses doutes sur la validité de ses Ordres, et lui demanda de les confirmer. Wedgwood réordonna Butler sub conditione à tous les Ordres Mineurs, au Diaconnat et à la Prêtrise. Après le Service, le Rev. Beckwith aida l'évêque à faire ses valises et l'accompagna à la gare, en route pour Los Angeles....

Le Synode Vieux-Catholique se réunit à Londres au cours de l'automne 1918. L'un des sujets à l'agenda était le nom de l'Eglise, qui avait été jusqu'alors: The Old-Catholic Church (former the Old Roman Catholic Churc) in Great Britain [L'Eglise Vieille-Catholique (anciennement la Vieille Eglise Catholique Romaine) en Grande Bretagne] , un nom qui n'était plus adéquat. Après de longues délibérarions, le Synode adopta le nom de The Liberal Christian Church (Old Catholic) [Eglise Chrétienne Libérale (Vieille Catholique)]. Leadbeater fut d'accord sur ce nom, mais Wedgwood annonça son désaccord. "Ce nom, dit-il, ne rendait pas justice à l'Eglise, car il ne comportait pas le mot 'Catholique', et il ajouta que ce mot décrivait les Eglises qui distribuaient les sept Sacrements et possédaient une Succession Apostolique indiscutable". Les membres américains proposèrent le nom Gnostic Catholic Church. Wedgwood qui avait des contacts avec l'Eglise Gnostique Apostolique de France, rejetta la proposition. Finalement, on adopta le nom The Liberal Catholic Church (Old-Catholic) [Eglise Catholique Libérale (Vieille Catholique)] parce que, d'une part, il rappelait l'origine néérlandaise de l'Eglise, et d'autre part, décrivait le caractère progressiste du mouvement.

En april 1919, quatre lieux de culte Catholique Libéral étaient ouverts aux Etats-Unis. L'Eglise Saint Aubain à Hollywood comptait plus de 200 membres. Mais six mois plus tard, des frictions entre les membres de l'Eglise appartenant à la SociétéThéosophique et ceux qui n'en faisaient pas partie devinrent si sérieuses que lInstitut Krotona exigea que l'Eglise quitta ses locaux. Le Rev. Walton envoya une lettre à toutes les communautés Catholiques Libérales demandant qu'elles cessent de célébrer leurs Services dana les locaux de la Société Théosophique. Si cette situation réduisit temporairement la croissance de l'Eglise, elle fut aussi à l'origine de son développement indépendant en Amérique du nord.

La "Liturgie pour l'usage dans l'Eglise Catholique Libérale" fut publiée en 1919. Cette période et les années qui suivirent fut un temps d'extrème activité pour Wedgwood. Il travaillait souvent d'un lieu à un autre donnant des conférences sur l'Eglise, formant des Centres et ordonnant aux Saints Ordres les candidats qu'il pouvait trouver.

Attaques contre l'Eglise

Une fois que l'Eglise eût commencé à grandir, il sembla presqu'inévitable qu'elle fut attaquée de plusieurs côtés. Ces attaques commencèrent dans la période allant de 1918 à 1924, et bien qu'elles furent d'abord dirigées contre l'Eglise, elles se portèrent plus tard personnellement contre Mgrs. Wedgwood et Leadbeater. Après six ans de pression constante dues à un travail incessant et à beaucoup de voyages, la santé de Mgr. Wedgwood fut affectée et les premiers symptômes de la maladie qui allait sévèrement limiter son travail, commencèrent à se manifester. C'est à ce moment qu'il y eut une siscion entre la Société Théosophique et l'Eglise, à cause des attaques contre Mgr. Leadbeater .

Wedgwood écrivit à Mme. Besant le 7 mars 1922:

" Je vous écrit pour vous dire que j'ai décidé, après y avoir sérieusement réfléchi pendant plusieurs semaines, que je vais rompre mes liens aves la Société Théosophique, la Maçonnerie Mixte, et l'Eglise Catholique Libérale, pour me retirer dans la vie privée.

J'ai bien peur que la compagne de calomnies et d'intrigues malicieuses, qui a persisté depuis plusieurs années et qui s'accroît pour devenir de plus en plus personnelle en sans scrupule, ne fasse un domage incalculable au mouvement Théosophique dans son entièreté, et n'aie un effet de frustration sur le travail des classes de la communauté que nous essayons justement d'atteindre."

En mai 1922, Mgr Wedgwood offrit sa démission comme Evêque-Président de l'Eglise Catholique Libérale, à la suite d'une accusation de méconduite sexuelle faite par le Rev. Reginal Farrar, in Prêtre Catholique Libéral d'Angleterre. Fidèle à la tradition occulte qui interdit de prendre sa propre défence, Wedgwood refusa de faire aucune déclaration publique, ce fut Mgr. Cooper qui prit une part active dans sa défense.

Pourtant, un an passa avant que Mgr. Wedgwood put effectivement prendre sa retraite comme Evêque-Président. Il était encore trop occupé par les affaires de l'Eglise, qui incluaient des négociations avec plusieurs Eglises sur le continent européen. Il devait aussi arranger la correspondance avec les autres Evêques pour sa succession. Finalement, à la fin mars 1923, il envoya un télégramme à Mgr. Leadbeater à Sydney:

"Ma démission est effective, vous êtes élu à l'unanimité. Wedwood."

La période de Huizen

Pourtant le travail de Wedgwood pour l'Eglise était loin d'être terminé. Vers l'été de 1924, sa santé s'était améliorée et Mme Besant (qui avait refusé sa démission de la Société Théosophique), ainsi que les Evêques, le Clergé et les membres de l'Eglise Catholique Libérale voulaient qu'il reprennent le travail. Mme Besant suggéra à quelques membres des Pays-Bas de trouver un endroi calme, où Wedgwood pourrait entraîner des étudiants au travail cérémoniel.

Une membre, Mme Mary van Eeghen, qui avait été baptisée récemment dans l'Eglise, offrit sa très belle maison de campagne située à Huizen, ainsi que la propriété attenante pour cet usage. Plus tôt, en 1920, elle y avait acceuilli le grand poète Indien Rabindranath Tagore, pendant sa visite en Europe. Voici ce que raconte Mgr. Vreede:

" Il fut donc décidé que Mgr. Wedgwood resterait (trois semaines!) pour voir si l'endroi lui convenait. L'Evêque arriva le 1er août 1924. La chambre que Tagore avait occupée lui fut réservée, ainsi que la pièce d'en face (appelée la chambre de la Mer).

" Chaque matin, l'hôtesse entendit que des meubles étaient bougés et elle demanda si l'arrangement des meubles ne convenait pas à l'Evêque. Il lui répondit qu'il célébrait la Sainte Eucharistie chaque matin et qu'il devait arranger une grande table pour servir d'autel. Bientôt, plusieurs personnes assistèrent à ces célébrations et Mme van Eeghen offrit de bâtir une petite chapelle pour son hôte dans le jardin, où tout pouvait rester en place lorsque le Service était terminé. L'Evêque accepta volontiers. Les plans furent établis et la construction fut si rapide que la chapelle fut terminée le 21 septembre."

Cette petite chapelle fut consacrée et dédiée à Saint Michel et tous les Anges, le 29 septembre. Cet événement marqua le début d'une des phases les plus actives et créatrices de la vie de Wedgwood. Mais les résultats, comme l'écrivit Mme van Eegen, ne se concrétisèrent qu'après de grands efforts:

Lorsque les visiteurs viennent au Centre aujourd'hui, admirent sa merveilleuse atmosphère et parlent de la belle influence qu'ils ressentent, mes pensées retournent à la figure solitaire qui, pendant l'automne et l'hiver de 1924-1925 allait vers cette petite chapelle sous la pluie, dans la neige et la tempète et qui y méditait pendant des heures."

Mme van Eeghen prit note du premier sermon que Mgr. Wedgwood prononça à St. Michel le 25 janvier 1925, et dont elle rapporta:

" Depuis la Réforme, les Eglises Protestantes se sont d'avantage concentrées sur les besoins de l'âme individuelle et de relation directe avec Dieu. Les fidèles y viennent à l'église pour l'édification de leur propre âme. Dans l'Eglise Catholique Libérale, nous célébrons beaucoup de beaux Services pour aider les fidèles dans cette voie. Mais la pensée centrale de cette Eglise est de rassembler beaucoup de fidèles en un seul acte d'adoration, pour les joindre ensemble en harmonie, pour former des canaux convenables par lesquels la Divine Présence du Christ puisse se déverser.

" La première partie de la cérémonie de la Sainte Eucharistie à pour effet d'apporter sur l'autel, notre amour et notre adoration afin qu'ils puissent être offerts au Seigneur. Et ce grand déversement de soi envers Dieu, ouvre le Canal pour que Sa Puissance se déverse sur les fidèles. La pensée principale de chaque membre de la congrégation doit s'unir à celle de tous les autres, pour les entraîner dans une vague d'amour qui est envoyée à Dieu, afin que tous soient embrassés dans les bras de l'Amour. Les prières des Services ont été composées avec soin et les mots ont le but de servir de canal à nos pensée; et nous devons employer toute la force de nos expériences en pensant au sens de chaque mot prononcé. Lorsque, par exemple, nous prononçons le mot "Paix", nous devons penser à la plus grande sensation de paix que nous connaissions.

" Nous devons nous tourner entièrement vers le Christ et devons être remplis de tout l'amour et de toute la dévotion envers Lui, dont nous sommes capables. Les hymnes chantées aux moments les plus saints de tout le service: "Nous Vous adorons, ô Vous Splendeur cachée" doivent être utilisées comme véhicule pour apporter sur l'autel du Christ, le meilleur de nous-mêmes. Nous devons penser aux mots, penser à leur sens, et les remplir de tout ce que nous sommes capables d'offrir de nous-mêmes.

" Chaque prière que nous utilisons doit être réalisée et nos vies doivent être insufflées dans ces mots, nous devons nous sentir unis à la congrégation, non pas trop nous affirmer, ni ne trop retenir, ni individualiser les prières pour nous-mêmes, mais plutôt placer notre conscience dans celle des autres membres de la congrégation."

Ce sermon est représentatif de l'enseignement que Wedgwood donna à Huizen, ces années-là. Bientôt la congrégation s'accrut et de nombreux membres du Clergé et fidèles vinrent de partout en Europe, et même du monde entier, pour être près de Mgr. Wedgwood et recevoir ses enseignements. Il y a encore des membres du Clergé qui peuvent témoigner de leurs séjours à Huizen, comme les sommets de leurs carrières.

Wedgwood entraîna non seulement le Clergé, mais aussi les congrégations. Tout devait être parfait: le cérémonial, la musique, le rythme, la prononciation des mots. Non seulement le côté physique du travail devait être correct, précis et gracieux, les pensées et émotions de tous les participants devaient aussi être correctes, puissantes, concises et contrôlées. Il était, dans son travail, un grand cérémonialiste et un perfectioniste. Des centaines, plutôt des milliers de membres du Clergé et de fidèles vinrent pour être entraînés, des vagues entières de néophytes de bonne volonté furent changés en collaborateurs éclairés et habiles dans le Grand Oeuvre du Christ pendant ces années par les efforts de Mgr. Wedgwood. En 1926, il fut désigné comme Evêque-Commissaire pour l'Europe.

Pendant l'été, le rassemblement de plusieurs centaines de membres n'était pas inhabituel. Soixante-et-un Prêtres assistèrent au Synode Clérical de 1927, ils représentaient vignt-deux pays. La chapelle originale fut agrandie plusieurs fois. En 1928, une nouvelle église fut érigée qui pouvait recevoir plus de 300 personnes. Le 15 août de cette année, le Rev. A. G. Vreede fut élevé à l'Episcopat dans cette église, par Mgr. Wedgwood, assisté de quatre collègues.

Une semaine plus tard, un désastre survint. Une terrible tempête s'abattit sur l'église qui brûla entièrement. Un ouvrier avait oublié de mettre à la terre les paratonnèrres. Les Services continuèrent pourtant sans interruption ayant pris refuge dans le Temple Maçonnique construit sur la propriété. Pourtant ce fut un coup très dur pour Mgr Wedgwood. En dépit de l'adversité, le Synode Clérical de 1928 eut lieu comme prévu, pendant lequel, l'Evêque Vreede, nouvellement consacré, assisté de Mgr Wedgwood et de trois autres Evêques, ordonnèrent huit Prêtres. Le Synode se termina par la concélébration de la Sainte Eucharistie par quarante Prêtres. Après la clôture du Synode, Mgr. Wedgwood se rendit à Vichy, en France, pour des vacances méritées.

Les dernières années.

Ces événements marquèrent la fin d'une ère. Beaucoup de membres du Clergé quittèrent l'Eglise, influencés par les enseignements de J. Krishnamurti. Après quelques temps, Mgr. Wedgwood s'établit à Camberley, dans le Surrey, (près de Londres), un domaine dont il avait beaucoup aidé la fondation en prenant une hypothèque sur le domaine de Huizen. Il y célébra la Sainte Eucharistie quotidiennement, lorsque sa santé le lui permettait. dans la petite chapelle de la propriété.

Les symptome de la maladie de Wedgwood réapparurent et s'empirèrent en mars 1931. Ses médecins affirmèrent qu'il y avait peu de chances qu'il retrouve la pleine santé. Ils lui prescrivirent un séjour à l'hôpital, tandis que les Catholiques Libéraux du monde entier se mirent en prières pour celui qui avait tant travaillé à l'établissement de leur Eglise. Mais, Wedgwood se rétablit rapidement. Cet épisode de la vie de Wedgwood fut la première indication des troubles qui l'affectèrent plus tard. Sa santé fluctua pendant les années qui suivirent. Tekels Park, à Camberley, devint la retraite dans laquelle il se retirait lorsque sa maladie prenait le dessus. Il devint une source de soucis pour ceux qui s'inquiétait de son état de santé. A Camberley et à Huizen, il pouvait répondre à son courrier considérable. Il répondait à plus de mille lettres chaque années. A Huizen, deux secrétaires arrivaient à peine à l'aider. Lorsque l'une d'elles dut rentrer à Londres, Wedgwood decida d'envoyer une lettre circulaire à ses correspondants, dans un effort de réduire sa charge de travail.

Il écrivit des articles, de temps à autres, et fut consulté régulièrement par Mgr. Pigott (le 3e Evêque-Président) et par des membres du Clergé anglais. Son intérêt pour l'Eglise demeura très vif jusqu'à la fin de sa vie. Il mourut en 1951, à l'âge de 67 ans.

L'Eglise ne perdit pas seulement son premier Evêque-Président, mais aussi un grand théologien, un liturge accompli et un cérémonialiste hors pair. Mais il nous laissa une belle liturgie qui reste un mémorial pour lui-même et pour son collègue Mgr. Leadbeater.

Des enseignements qu'il laissa, Mgr. Erving Cooper, le premier évêque Régionnaire pour les Etats-Unis, composa un superbe manuel liturgique intitulé: Cérémonies du Rite Catholique Libéral qui sert encore de nos jours à la formation des Prêtres. Ce livre fut republié et revu par l'un de ses successeurs, Mgr. William Pittkin. Les programmes préparés par les prêtres australiens: J.B. Parry et M.C. Godby, révélèrent les vertus de la Liturgie surtout aux congrégations. Ces efforts contribuèrent grandement à répondre à la question: "Comment célébrer la Liturgie".

Mais il reste encore en Europe, un tout petit nombre d'Evêques et de Prêtres, formés par les enseignements de Wedgwood qui transmettent son enseignement occulte et mystique, souvent de bouche à oreille, qui répond à la question: "Pourquoi célébrer la Liturgie". Et cet enseignement est la contribution particulière de la Province Catholique Libérale des Pays-Bas...

Finalement, voici les appréciations de deux prêtres Catholiques Libéraux qui le connurent bien. D'abord, le Rev. G. Nevin Drinkwater, B.Sc., qui connut Mgr. Wedgwood en Angleterre, ainsi que pendant la période de Huizen:

" Cet évêque était un cérémonialiste exceptionnel, on était frappé par ce qu'il était capable de tirer des congrégations et du Clergé qu'il entraînait. Il était méticuleux sur les moindres détails. Alors que certains de ces détails devaient leur importance à des raisons cachées et mystérieuses, d'autres la gagnèrent par la nécessité d'avoir une procédure acceptée par un nombre de personnes travaillant à la poursuite d'un but commun. Un cérémonialiste n'est pas, lorsqu'il présente un sujet, quelqu'un qui se demande ce qui doit être fait ensuite. Les détails doivent venir aussi automatiquement que pour la conduite d'une voiture, laissant la conscience libre de se concentrer sur les plans supérieurs. Ceci signifie beaucoup de travail pour tous ceux qui sont concernés, mais les résultats étaient remarquables. " L'Evêque répétait, encore et encore, que le secret de la vie spirituelle consistait à s'oublier soi-même dans le service des autres. En agissant sur ce principe dans la Liturgie, chacun devrait s'oublier soi-même et adorer comme une seule entité collective.

Comme il l'a dit lui-même:

" Le Cérémonial est l'usage intelligent de la forme qui peut trouver sa meilleure expression dans la vie. Nous devons spiritualiser notre conception de la matière. Lorsque vous recevez la bénédiction du Christ par l'Hostie, vous faites de la matière un véhicule de l'Esprit. L'Eucharistie a un but surprenant, qui n'est rien moindre que d'amener Notre Seigneur dans des incarnations répétées."

Le Seigneur peut être trouvé dans la nature et dans les profondeurs de notre propre coeur, mais on Le trouve plus facilement sur l'autel. En Lui offrant notre dévotion la plus élevée et tournée vers l'extérieur à l'élévation de l'Hostie, du Calice, ou de l'Ostensoir, ou à toute autre occasion, nous pouvons arriver à connaître le Seigneur, si nous ne Le connaissons déjà. Cette dévotion doit être l'offrande de tous, et non pas d'un individu séparé; car l'église est le corps du Seigneur, son véhicule collectif. Illustrant un aspect de ce principe, l'Evêque expliqua que dans sa jeunesse, il eut l'expérience d'une certaine sécheresse lors de la réception de l'Hostie. Il n'en ressentait pas les effets qu'il attendait. Mais un jour, il réalisa qu'après la communion, il devrait radier sur tout ce qu'il rencontrait, et sa situation se transforma immédiatement. Que nous le connaissions comme le Roi des Anges, l'Enfant de Marie, la vision lumineuse de la Montagne, l'Etoile du Matin s'élèvera dans nos coeurs. Connaître ceci, c'est connaître la Vie Eternelle. La mort n'a plus de domination sur nous."
Nous rapportons ensuite le témoignage du Rev. Oscar Köllerström, qui connut Wedgwood lors de ses séjours à Sydney. Bien qu'étant encore un enfant, il travailla avec Wedgwood dans le Rite Egyptien à Adyar et Sydney; et plus tard, il resta à Huizen avec lui. Köllerström, plus tard, fit des études de psychanalyse sous le Dr. Groddeck, l'un des premiers psychanalystes. Le Dr. Köllerström s'installa à Londres. Lorsque Wedgwood se retira, il fut l'un de ses médecins:

" Pour moi, ce furent comme des vagues de musique d'orgues, alors que j'étais sans aucune connaissance musicale. Du moins, c'est la sorte d'impression que j'eus lorsqu'il surgit au millieu de nos existences, et commença à nous mettre sens dessus-dessous. Un peu plus tard, je réalisai qu'il nous avait remis à l'endroit...

Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il arriva au centre même de nos vies. Il était complètement naturel, si dépourvu d'affectation et de non-sens, qu'il fut, dès le tout départ, comme un vieil ami...

En effet, je n'avais jamais travaillé avec quiconque qui me donna un tel sentiment de liberté, non seulement dans une relation personnelle avec lui, mais dans le travail lui-même. Les Sacrements nous lient au coeur des choses, à la réalité, à la tradition, à la Vie Divine. Ils nous attachent, il nous laissa libre. Voilà ce qui, indéniablement, était la clé de son autorité, de ses qualités de chef, de son pouvoir de convertir.

" Ensuite tout commença à arriver. Je fus le témoin béni de l'acte sacramentel de création. J'étais dans la chambre même où, jour merveilleux après jour, deux hommes planifièrent la Liturgie Catholique Libérale--bien que ce soit presqu'exclusivement le travail de Mgr. Wedgwood--planifier, pour la première fois en deux millénaires, un culte Chrétien et sacramentel qui ouvre toute grande la porte vers la communion avec les autres religions, en vérité avec toutes les interprétations personnelles. Le lien avec Dieu incarné en toute liberté, était là devant mes yeux émerveillés. Notre buffet de chène devint le premier autel de la nouvelle confession, et après le Service le mobilier de notre salle à manger était réarrangé pour un grand repas. Ma mère quittait souvent le Service après la Communion pour surveiller la cuisson des repas, car en ces jours-là, il y avait toujours au moins une douzaine de personnes à nourrir. Tout cela était intime, personnel et naturel; puis il y avait tant de vagues tumultueuses de choses à faire--ma mère cousait les vêtements, la préparation de l'hymnaire, la dactylographie interminable, et les emplettes à faire, l'achat d'une église, et--vivant dans ma mémoire-le grand jour où je fus reçu aux Ordres Mineurs. Par les cierges, l'encens et les chants, j'étais intoxiqué à nouveau chaque jour...

" Je ne pourrai jamais oublier, à moins que je sois mort à toutes les couches de l'être, mon arrivée à Huizen. Une description altérerait la magie et l'extase du moment. C'était le même homme, mais il était devenu rien. Rien, que la réalité adombrée par la réalité sacramentelle. Il avait disparu en elle, et rien ne pouvait être dit de lui. Cambridge disparût de mon horizon, et tout cet automne fut un printemps de l'esprit. A la Messe de Minuit, la veille de Noël 1924, il m'ordonna à la Prêtrise. Tout au long de ce moment important de ma vie, lui, le pontife conférant l'Ordre, resta la personne humaine toute simple que j'aimais.

Il accomplit le bon travail avec une ténacité de dévotion qui se remarqua jusqu'au bout de sa terrible maladie. Les difficultés l'assaillirent non seulement de l'intérieur de lui-même, mais aussi du dehors. Il y a pourtant une phrase qui n'est pas assez souvent citée. Groddeck lui-même le vit au plus profond de sa détresse. Groddeck dit que pour toutes les personnes qu'il avait vues dans cet état, la maladie avait toujours révélé les plus horribles qualités, dans son cas, il n'avait de pensées que pour les autres. 'Er ist ein wahrer Heilige, ein wahrer Heilige" (Il est un véritable saint), affirma Groddeck.

Tel était l'homme qui fut le véritable fondateur de l'Eglise Catholique Libérale.