Les hommes ne savent et ne peuvent pas savoir qu'il voit le monde supérieur et qu'il entend sa musique. Ils ne peuvent pas savoir que par cette musique et par cette joie sa tristesse est surmontée. Le sentier, bien qu'il soit appelé le sentier de la douleur, peut aussi être appelé le sentier de la joie. Il faut ajouter cependant que la joie est plus grande que la douleur, la paix plus grande que la lutte, le pouvoir croissant plus grand que la lassitude de la douleur, la lumière plus grande que l'obscurité. C'est la lune qui se couche, mais déjà les premiers rayons du soleil levant l'éclairent.

J'ai donc essayé de raconter l'histoire de l'homme immortel qui s'est volontairement soumis à l'emprisonnement de la forme, au poids accablant de la chair pour apprendre à maîtriser la forme et la chair. Ayant enduré l'emprisonnement dans la chair pendant de nombreuses vies, pendant de nombreux siècles, il essaie maintenant de récolter tout ce qu'il a semé. Pour y parvenir, il doit dégager sa partie immortelle de son enveloppe mortelle, il doit changer une habitude d'un millier de vies et se libérer de la forme.

Le Sauveur l'a appelé le Fils prodigue.

Il suit ainsi le sentier, cherchant à embellir, à cultiver et à affiner ses véhicules, ses instruments, pour qu'après s'être libéré de leur contrôle et être né dans d'autres mondes, il puisse les utiliser et trouver en eux un diamant aux nombreuses facettes qu'il polira toujours davantage, qu'il perfectionnera pour qu'à travers sa beauté transparente sa gloire nouvelle éclate pour aider ses semblables. Telle est son attitude envers le corps et la forme; il les conçoit toujours comme de la matière à perfectionner et à embellir.

C'est l'image de sa croissance intérieure et extérieure. A l'intérieur, il suit le sentier, trouve le pont qui le mène au delà du mental, le passe et s'identifie avec ce dont il est un fragment; il sait qu'il est une partie incarnée, un rayon séparé de lumière, des mondes de lumière, illuminant une partie du monde inférieur.

Cette partie-là est à présent le tout, le rayon a rejoint la source de lumière. Le travail extérieur du pélerin sur le sentier consiste à polir la matière qui le constitue depuis qu'il est apparu comme partie séparée en la rendant toute transparente.